Download Festival France 2016 (Deftones, Anthrax, Iron Maiden, Ghost, Babymetal, Megadeth, Rammstein) en concert Hippodrome Longchamp, Paris 10-11-12 juin 2016

 Dans Chroniques de concert

D’un commun accord avec Philippe, le plus LesterBangsien des chroniqueurs musicaux français (il fallait que ce soit dit) nous avions décidé de regrouper nos impressions du Download Festival en un seul et même article. Malheureusement, nos chroniques respectives sont trop volumineuses pour etre fusionnées ! Pour ma part, donc, je développerais sur mon séjour au camping, sur les groupes que j’ai vu, et bien sur, sur le concert que la majorité des festivaliers attendait, celui des teutons brûlants de Rammstein.

 

Nous sommes arrivés sur le site, ma belle et moi, au milieu de l’après-midi du vendredi. Après des hesitations sur le choix de la bonne navette à prendre (merci à l’agent de la RATP sadique qui à pris un malin plaisir à nous balader dans tout les sens) et une longue marche clopin-clopante jusqu’au campement, nous avons finit par tomber sur des âmes charitables qui, voyant ma détresse d’éclopé, ont transporté notre matériel jusqu’à l’entrée. Qu’ils soient bénis pour leur gentillesse, ces bons samaritains Lillois !

Profitons de cette entrée pour faire un petit point sur l’organisation de ce festival tout fraichement établit dans notre contrée : évidemment, des hauts et des bas, des plus et des moins, des défauts et des qualités, que l’on peut lier à l’approximation de toute les première éditions de tout évènements, quel qu’ils soient. Ici, en l’occurrence et en dépit des informations dévoilées sur le site web du Download, personne n’était au courant du soi-disant service de placement pour les personnes handicapées. Cependant, point d’aigreur, une amicale vigile et deux comparses attendris nous aidèrent à trouver un endroit confortable ou jeter notre Quechua.

 

C’est ainsi que nous nous retrouvâmes planté à proximité d’une bande de cousins Germains qui se révélèrent, au fil de ces trois journées, affables et amicaux. Pendant que sur la scène principale, les Deftones se rappelaient à notre bon souvenir d’ados des années quatre-vingts dix, quelques baragouinements en anglais et quelques cigarettes cannabisées partagées scellèrent la confiance entre Goths et Gaulois.

Quelques observations concernant l’ambiance générale de ce camping, avant de poursuivre : Les campeurs qui liront ces lignes seront d’accord avec moi pour dire que l’atmosphère était plus que sage. Je ne dirais pas morose, car ce n’est pas le terme exact, plutot une placidité bon enfant. Bien sur, quelques « Apéro ! » braillés de ci de là, quelques zombies hagards, quelques excentriques joviaux, d’ amusant concours de glissades en caddies, mais rien en comparaison de ce que l’on peut vivre dans la plupart des autres festos, c’est à dire le chaos ethylico-stupéfié général de la plupart des festos. Surprenant. Les plus audacieux d’entre nous trouveront ceci bien tristounet, mais pour le boiteux que je suis, c’était simplement super de ne pas subir ces raz de marée imprévisibles de cadavres en furie qui tombent sur votre tente quand vous essayez de grappiller péniblement une paire d’heures de sommeil. Je termine cette longue parenthèse en en soulignant la propreté immaculée des toilettes de ce camping ! A croire qu’une bande de petits lutins passaient récurer les gogues susnommés des qu’un crotteur ou une pisseuse avaient terminé son affaire ! Du jamais vu.

 

Il faut également signaler que nous étions excellemment bien placé dans ce lieu. Grâce aux agents de la sécurité mentionnés plus hauts, nous n’étions littéralement qu’a deux minutes à pieds des scènes, et que notre position géographique nous permettais d’entendre avec limpidité mêmes les concerts se tenant sur la scène principale. Un avantage plus qu’appréciable pour un dégénéré des guibolles, et si nous ne nous sommes pas rendus toujours sur les lieux des shows, on les a quasiment tous entendu. Pour reprendre certaines images qui circulent sur les réseaux sociaux, on appréciera le contraste évident entre ces paisibles metalleux qui pourtant font peur aux grands-mères ignorantes, et les violents supporters qui masque leur hypocrite envie de guerroyer comme des brutes moyen-ageuse sous le vernis autorisé du football, véritable anesthésiant du peuple.

Tout était installé quand les Deftones terminèrent de nous dire de nous enfoncer des choses dans le fondement (shove it!), et les premiers coup de riff d’Anthrax me firent béquiller sourire au lèvres jusque à la scène numéro deux. Je ne vais pas poursuivre ici ce que je disais lors du bal des enragés, nostalgie générationnelle et tout ça, mais je tiens, pour expliquer l’enthousiasme qui va suivre lorsque je parlerais de tout ces groupes aimés, à dire que même s’il arrive très souvent que le show d’une formation que l’on ne connait pas peut nous scotcher grave, être enthousiasmant, voir épiphanique, cela ne procurera jamais la chaleureuse sensation que l’on a à voir le concert d’un artiste dont on connait et aime les chansons. Parce qu’à ce moment là, quand on chante à tue-tête avec le reste de la foule, on a cette sensation quasi-mystique de ne faire qu’un avec les musiciens et les spectateurs : plus de malaise ou de timidité, nous ne sommes plus qu’un seul et même organisme de joie bondissant, et cette fusion vaut peut-être toutes les découvertes du monde. En tout cas, j’ ai gueulé « caught in a mosh ! » avec ferveur, et j’ai adoré comme le reste du public que notre bonne vieille maladie américaine nous fasse sa bonne vieille reprise d’Antisocial. C’est assez rare qu’un groupe anglo-saxon reprenne un morceau d’un groupe français, il faut donc le signaler.

 

Je retourne au camping rejoindre ma chère et tendre qui discute avec les allemands, et on écoute de loin, avec un son d’une qualité chaine-hifiesque, le concert d’Iron Maiden. Très agréable, le heavy metal qui bruisse dans les frondaisons. Du bon son et de beaux arbres, il y a de quoi etre content.

On repart ensuite bras dessus-bras dessous pour aller voir Ghost, bien assis sur une chaise de la zone pour grabataire, et un gros bob marley à la main… Il faut que j’avoue quelque chose : J’ai déjà vu les fantômes deux fois, et, on va me hurler dessus, je trouve que souvent, leur musique sent la variété des pieds. Cela dit, ce n’est pas vraiment grave, car ils ont look d’enfer qui nous a toujours fait pardonner les vocalises parfois hésitantes des anti-papes chargés du chant. Or, et c’est bien heureux, cette prestation va être cette fois de haute volée, sans couacs ni prouts. On pourra donc s’amuser avec eux dans ce show satanique et vaudevillesque. Notons que Papa Emeritus III est un garçon d’une élégante bonne éducation sur scène, même s’il doit certainement sacrifier des jeunes vierges au seigneur des mouches dans l’obscurité de messes noires de coulisses. Retour au campement.

 

 

On discutaille avec les fritz, toujours aussi sympas. Une hallucination cannabisée me monte au cervelet, je les imagines tous portant uniformes de la wermacht ou des waffen ss, et soudain, une pensée cruelle me presse au coeur : Quand tu penses que nous et ces gars là, si nous étions né quatre-vingts ans plus tôt, on serait en train de se mitrailler la gueule, ça donne le vertige ! Mais les rires de la fête me ramène au présent, en concluant que 1: la seconde guerre mondiale, ce n’était pas de notre faute, puisque nous n’existions pas et 2: ce sont bien les gouvernements, les chefs et le tyrans qui font se dresser les peuples les uns contre les autres, car en ce moment précis nous partageons, rigolons, fumons et buvons avec nos frères humains. Complètement défoncés, on fini par se coucher.

 

 

Le deuxième jour, on fait la rencontre de deux ressortissants russes, Anatole et Piotr, pendant l’improbable concert de Babymetal : imaginez trois Idoles couinantes sur du brutal death hyper-sophistiqué. Il n’y a que les japonais pour réussir à combiner des trucs pareils avec le charme de l’absurde. On adore ou on déteste. Pour notre part, on goûte le non-sens d’une oreille gastronome. Nos deux nouveaux amis s’émeuvent avec une sensibilité toute slave de ma triste maladie, tant et si bien qu’a leur retour du concert de Biffy Clyro, ils me prennent chacun par un bras pour me porter jusqu’aux avant-poste du gig de Korn ! Pendant le trajet, j’ai vraiment l’impression d’être un ivrogne dans une nouvelle de Gogol ou de Pouchkine, et je ne peux m’empêcher de sourire durant cet instant de pure littérature. Escorté par les deux gorilles ruskof, je dansouille sur la musique des pionniers neo-metalleux, que j’avais tant aimé avant de les abandonner définitivement, trahi, après le deuxième album. Le souvenir d’un terrible torticolis attrapé à leur concert de 1997 me fait me sentir soudain très vieux. Blind et A.D.I.D.A.S me font décoller, mais le reste me laisse de marbre. Fin des hostilités, calumet de la paix franco-germanique au camping, puis dodo.

 

La journée du dernier jour s’écoule paisiblement jusqu’à l’heure de Megadeth, où on apercevra fugacement la tignasse de Dave « sale carafon mais mythique » Mustaine, en lui envoyant quelque gestes de respect absolu.

 

On va vite se placer pour Rammstein, sur la plate-forme pour personne à mobilité réduite, comme on dit chez les langues de bois. La position, bien qu’un peu éloignée, nous offre une vue parfaite, dans un axe diagonal, sur la scène, recouverte d’un immense rideau frappé des armoiries du groupe. A 21h59 précise, un compte à rebours se déclenche sur les écrans géants : 60, 59, 58… Jusqu’au 3, 2, 1, BOUM ! Qui lance le début du show avec d’impressionnants feux d’artifice rouges. On comprend tout de suite pourquoi chaque musicien du groupe possède son diplôme d’artificier, quand la folie pyrotechnique se déchaine : lances flamme, roues de feu, acier en fusion et tir de roquettes se succèdent au fil des tubes.

 

Notre fascination immémoriale pour le feu marche à plein régime, la foule est en liesse et chante. Les Rammstein jouent pratiquement tout leur morceaux les plus fameux, à l’exception de celui, éponyme, que l’on entend dans le Lost Highway de David Lynch. Mon coeur de cinéphile est un tout petit peu déçu, mais c’est une déception plus que minime, quasiment microscopique. Je regarde fasciné les geysers de flamme jaillir du poteau planté en vis-à-vis de la scène, à une cinquantaine de mètres. On dirait un derrick qui brule la nuit dans le désert. A la fin de la prestation, on classe ces germains-là avec leurs ancêtres expressionnistes et romantiques, dont ils sont, finalement, des sortes d’héritiers en ligne directe : lyriques, effrayants, esthétiques. C’est la fin du festival.

 

C’est pendant cette dernière nuit qu’ a lieu l’unique mais magnifique moment de pure folie du camping : Une foule en colère commence à se rassembler devant l’accès fermé vers le bar-métal, aux cris scandés de « on-veut-de-la-bière » et « li-bé-rez-le-bar-métal (sic) ». Elle est repoussé dans la bonne humeur par les vigiles. Quelques minutes plus tard, on aperçoit quelques campeurs subtiliser le grand drapeaux du poste de secours, et plusieurs minutes après, c’est carrément une armée qui arrive, poussant des meuglements de spartiates ! La multitude des métalleux a arraché tout les poteaux des emplacements et les portent telles des hallebardes improvisées. Cette fois-ci, le masque de bonhommie de la sécurité cède la place à une véritable expression de stupeur. Les armées du Mordor leur font face, prêtes à charger ! Apres un long silence, puis de virils aboiements guerriers, la troupe se lance, armes en avant, sur les portes.

 

C’est un moment d’une grande beauté poétique, où on a l’impression d’assister à une nouvelle bataille d’Hastings. Les mottes de terres s’arrachent du sol, on entend le grondement des pas, les vibrations telluriques qui se propagent dans la boue, la terreur dans les yeux des agents de sécurité…Magnifique tableau barbare. Mais les hardos ne sont que de gentils farceurs, et stoppent leur courses juste avant de frapper, pour retourner en rigolant dans leurs huttes de toiles, en mettant un point final épique à ce sympathique festival.

 

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