Feuilleton à l’arrache 274 épisode 13

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(Résumé : Un meurtre horrible à été perpétré dans le petit coin tranquille de Roquefort-la-Bédoule : Un homme à été tué à coups de cuys, des cobayes empoisonnés redoutables. Le surmené inspecteur Fergusson, flanqué de son adjoint l’agent Canine, essaye de démêler ce probable sac de nœuds. En allant interroger le père Fourmoi, un marginal zoophile, ils sont accueilli par des coups de calibre 12…)

Les deux policiers gardaient les mains sagement en l’air. Le père Fourmoi n’hésiterait pas à leur décalotter le scalp à la moindre oscillation. Son physique de gentil sorcier était trompeur : les énigmes, il les posait souvent dans la figure. Fergusson avait suffisamment écumé les bas-fond de l’humanité pour savoir que les dingos dangereux existaient en grandes quantités partout. Bien sur, il y avait toutes ces histoires de facteurs qui n’entretenaient aucun rapport avec la poste. Le milieu, l’éducation, l’environnement, etc. Mais le strabisme de yorkshire déglingué du bonhomme ne mentait pas : c’était un psychopathe épanoui. La campagne desséchée, avec ses tignasses d’herbes mal brossées, ses olivier échevelés, ses rochers où taper sa solitude contre, sa terre friable comme du boulgour daubé, tout contribuait à souligner l’insanité contagieuse des lieux. Que Fourmoi soit zoophile n’était pas surprenant, la pratique étant commune dans cette région dépeuplée, où on avait besoin d’aimer quelque chose pour ne pas finir complètement vilebrequin. Fergusson n’arrivait pas à s’y faire. Alors que le vieux armé s’avançait vers eux, en joue dans sa mire, il revoyait le soir où le premier adjoint au maire lui avait offert un canard, en lui expliquant que l’idéal était de coincer la tête du palmipède dans un tiroir de commode, pour que celui-ci lui grattouille les corpuscules pendant l’acte. Il s’était empressé de libérer la pauvre bête dès le départ de l’élu. Une autre fois, des fermiers du cru lui avaient proposé de rencontrer un veau nouveau né. Son instinct de succion était phénoménal, selon leurs dires. Maintenant, la nausée recouvrait les souvenirs du pauvre inspecteur…

-Arrêtez de fantasmer ! cria le père Fourmoi. C’est moi le pervers ici !

-Holà, doucement avec ça pépé, vous pourriez blesser quelqu’un , chevrota l’agent Canine.

-Fourmoi, tranquille, s’il te plaît. Tout doux.

-Ne me tutoyez pas, môôsieur !

-Pardon monsieur Fourmoi, excusez moi. Nous sommes la police, on ne vous veut aucun mal.

-Mouaaais… Montrez moi vos cartes.

-Voila, inspecteur Fergusson, et agent de deuxième classe Canine. Voyez, tout est en règle.

Le vieil ermite regarda les papiers, et sembla satisfait, mais sa poigne ne desserra pas son étreinte du fusil.

-Qu’est-ce que vous m’voulez ?

-Juste vous poser deux ou trois question. On peut entrer ?

-Nan ! Posez les ici, vos question.

-Très bien, très bien… Jeannot le travelo, ça vous parle ?

-Qui ne connaît pas cette petite traînée… Je connais des biquettes plus cordiales, crénomdudju. Aucune conversation. Avec lui c’est parle à mon cuy ma tête est malade.

-AH ! Je vous y prends ! Vous avez dit cuy ! Comment connaissez vous ce mot ?

-Quoi ? Quoi ? Cuy ? Mais non j’ai pas dit cuy !

-Si ! Vous avez fait un jeu de mot déplorable, vous avez prononcé kwi, et dans le texte on voit parfaitement que c’est écrit Cé Hu Igrec.

-Agggr ! La peste soit du fourbe auteur de ce lamentable feuilleton… Admettons, et quand bien même j’aurais dit cuy, quel est le rapport avec Jeannot ?

-Jeannot est mort, annonça froidement Fergusson.

A ces mots, le père Fourmoi changea de couleur, passant du cireux jaune au blanc linge sale. Sa pétoire tomba presque de ses mains.

-Comment ? Jeannot ? Mort ? Se mit-il à bredouiller.

-Oui. Mort. Bouffé par… DES CUYS !

Cette fois ci, l’ancêtre à poil blanc devint carrément transparent, laissant choir son tromblon. La sueur commença à ruisseler de son crane chauve en plastique.

-C’est… Impossible… Euh, je ne vois pas de quoi vous voulez parler, monsieur le policier !

Fergusson murmura à l’oreille de Canine, pendant que Fourmoi, tout trempé, n’en finissait plus de balbutier.

-Là, vous voyez, Canine, je tiens mon homme par les cuys. Délicatement, mais fermement. La moindre torsion peut être horriblement douloureuse, une vraie torture pornographique. Il n’y a plus qu’a les tourner lentement, et il aura tout craché dans moins d’une minute.

-Par les cuys… Hihihi, très bon chef.

-Fourmoi, arrêtez vos simagrées. Vous savez très bien de quoi je parle. Les petits rongeurs, c’est votre spécialité, hmm ? D’ailleurs, si nous allions voir vos cages ?

Et sans hésiter, Fergusson se dirigea droit vers le mas. Canine profita du désarroi du schnok pour dégainer son arme et le tenir en respect. Fourmoi, impuissant, les yeux exorbités, ne pouvait plus qu’implorer d’un ton pathétique.

-Non ! Monsieur l’inspecteur, n’entrez pas, il n’y a rien à voir ! Je vous assure ! Tout est en désordre, c’est un foutoir sans nom ! Pitié ! Je vous en prie !

-J’vais m’géner…

Et Fergusson envoya un lourd coup de pied dans la porte, qui se renversa comme un piteux pont-levis sur le plancher poussiéreux du living-room.

-C’est vrai que c’est sacré foutoir..

Une odeur musquée d’animalerie de boulevard le bouscula en s’enfuyant de la pièce. Le capharnaüm attendu était présent, mais de plus, il y grouillait des centaines de petites bestioles kinounettes. Un groupe de chinchillas s’accrochaient en grappe à une lampe halogène, dévisageant de leurs yeux stupides l’intrus qui venait d’entrer. Des légions de lapins mâchonnaient des feuilles de papier journal tandis que d’autres culbutaient tous ce qui se trouvait à portée de queue. Des bataillons de hamsters se suicidaient à la queue leu leu du haut des étagères et des meubles, évités de justesse par des gerbilles qui sautillaient partout comme des ressorts échappé d’un carton renversé. Un peu partout ailleurs, des cochons d’indes de toutes les tailles, de toutes les formes, faisaient ce qu’ils faisaient le mieux, c’est à dire pas grand chose. Les pattes avant et la truffe dans l’évier, un dalmatien en tablier de ménagère était en train de laver des piles d’assiettes vertigineuse.

-Je peux tout expliquer ! couina Fourmoi.

-J’en suis persuadé. Je suis même certain que vos explications rempliront le prochain feuilleton. En attendant, agent Canine, passez donc les menottes à monsieur, et interrogez le chien. Mon petit cuy me dit qu’il y a des doigts ici… Euh… Enfin, on s’est compris.

(à suivre)

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