Texte à l’arrache 145

 Dans Textes à l'arrache

L’Afrique d’il y a longtemps. Tu n’a qu’une envie : partir et te perdre a jamais dans les hautes herbes. Des silhouettes dans la savane, des hommes grands, athlétiques, armés de sagaies. Ils chassent l’hippopotame, énorme et dangereux. Auparavant, ils ont construit une fosse garnie de pieux. Le monstre, rabattu jusque là bas, est tombé dans un grand fracas de branchages. L’image du documentaire en noir et blanc ne laisse voir qu’une masse informe au contours mal définis. Image de profils : a gauche, la victime embourbé, a droite, un groupe d’idoles d’ébènes. Une pluie de lances s’abat sur la proie, comme des cure-dents dans une boule de mie. Le véritable donne un coté passif à la violence. Les pointes entre dans la chair avec simplicité. Le fait que la caméra ne puisse filmer autre chose que du point de vue d’une épaule humaine, rend les images impossibles à dévier. Cette scène pourrait être tournée dans un terrain vague, avec des figurants en pagnes, mais quelque chose de spécifique fait ressentir la réalité . Elle est belle par sa puissance. Plutôt que de l’orchestrer, la cinématographier, l’image la renforce , incompréhensible pour la plupart des yeux altérés par la haute définition. La magie est toujours trouble. Tu es pris toi aussi par la tribu des mages. Sans nuages de pétrole, leur ciel vibre encore de la puissance pure de l’espace. Le visage d’un chasseur se tourne vers l’objectif pendant que l’on dépèce l’animal mort. Un seul d’ailleurs, s’occupe du découpage, les autres restent planté autour. Tu filmes des panthères a portée de bras arraché. Le retour au village s’accompagne de chants de joie. Tous les hommes la connaissent, et la braillent en avançant De quoi parle t’elle ? De gibier rapporté et de festin qui attend. Au village, les femmes se préparent, se parent de rubans, les hommes enfilent des toges blanches, qui habillent leur corps dignes et nus de noblesse surnaturelle. Autour d’eux l’immensité de la savane. Le martèlement des peaux de tambour. Dans ce petit village, en plein soleil, les esprits s’emparent des corps. Une femme chevauchée d’un loa découvre ses seins triangulaires. Elle s’approche des danseurs, leur crache dessus. Le contact de la salive les fait rentrer en transe. Un se blesse en cabrioles, l’autre tombe, catatonique. Les bras, les jambes, les torses, les bassins s’emballent de spasmes de danse. La fête occidentale n’est qu’une parodie de ceci. Tu t’interdis le contact avec l’irrationnel, et les drogues ne servent qu’ à t’abrutir, là ou elles devraient te permettre d’entrer et de sortir des mondes.

(la suite du feuilleton à l’arrache continuera quand le temps le voudra. Restez accordés)

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