Texte à l’arrache 16

 Dans Textes à l'arrache

A la demande de Nitouche, le chef Nordberg a fomenté un piège à l’insu de sa copine, Messaoudi. Cette coquinette est accusé de crime au canard, pour ce qu’elle a de préparer régulièrement une affreuse recette mettant le volatile à l’honneur : le Canard à la Confiture de Fraise. Autrefois, la morue remplaçait l’oiseau, mais Messaoudi, dans sa science, a trouvé depuis plus raffiné de recouvrir du magret avec de la merde rose. Et des patates.
Nordberg à déjà vomi trois fois. Banane gominée, look de rockeur, chemise de cuistot noire, tout frais refait par des chirurgiens plastiques, il est é-pa-tant. Wizzz. Mais grâce, ou à cause de ses talents de cuisinier à nez extra-sensible, il vomit tout le temps. Le pauvre est obligé de sauver toutes les mèmères handicapées des fourneaux, responsables d’atrocités culinaire du genre de celle de Messaoudi. Heureusement qu’on lui a refait les dents, elles résisteront plus longtemps aux litres d’acide qu’il projette hors-champ, dans un baril en inox. La démonstration est un effroi gastrique. La sauce aux champignons de paris est préparée avec la délicatesse d’une Doc Martens écrabouillant une merde de chien. Le magret est cramé cru, la patate tristement bouillie. Le tout est présenté comme un organe recouvert de fluide coroporel. Nordberg en a déjà jusqu’au genoux, mais ce qui l’étonne le plus, c’est la confiance en soi absolue de Messaoudi. Toute contente de passer dans une émission gastronomique, elle parle avec un accent de duchesse . Elle s’est persuadé d’être une chef étoilée, et l’auto-persuasion a si bien fonctionné que le lecteur de ces lignes devine d’avance que lorsque Nordberg va la confronter à sa bouffe terrifiante, elle va très très mal le prendre ! C’est de la télé réalité, heureusement.
L’heure est venue de gouter au plat. Le chef Nordberg, à contre-coeur, goute un morceau. La bouchée mâchée, il ouvre de grands yeux. -Hmmmm, c’est un festival de saveurs, qui pétille sur la langue, dit Messaoudi, agueusique d’orgeuil. Le chef reste interdit, pas un mot ne sort de sa bouche. Il se passe quelque chose de très beau, comme un tourbillon de mer norvégien : Nordberg, devant la France entière, est en train de se vomir en dedans. L’empoisonneuse elle, ne se sent plus de joie. Elle vient d’éblouir son chef télévisé préféré, tellement qu’il en reste sans voix. Gloire et Célébrité ! Mais le piège se referme sur elle. Le gominé prend la parole :
-Messaoudi, je ne vais pas encore te dire ce que je pense de ton canard. Avant de poursuivre, on va faire gouter ton plat à des gens pris au hasard. Un comptable, un routier, et un savant fou qui cherche à dominer le monde en créant une race de crevettes mutantes, vont maintenant le manger, voyons voir ce qu’ils en pensent.
-Holala, je suis sur qu’ils vont adorer ! Sur un écran, il y a les trois personnes attablées. La nourriture infâme est transferée de la cuisine de la prétentieuse à leurs assiettes. Quand ils voient le machin, ils tirent tous la gueule. Ils piquent chacun un morceau.
-Ce n’est vraiment pas bon, dit le comptable
-Ca a un goût de fesse morte, dit le routier.
-Enfin ! J’ai trouvé l’arme ultime ! dit le savant fou, avant de devenir tout vert, et de tomber dans les pommes.
-Tu vois, c’est immangeable, reprend Nordberg. Tout le monde deteste. Moi aussi, je deteste. Je suis navré de te le dire, ma pt’ite Messaoudi-Messadouda, mais de ma vie, j’ai rarement bouffé un truc aussi dégueulasse.
-Mais… Mais… balbutie la femme.
-Un vrai crime contre l’humanité. Et je vais en rajouter une couche : c’est ta copine Nitouche qui nous a appelé, pour nous avertir de tes forfaits. D’ailleurs, la voilà.`
Alors que la blonde amie entre en scène, Messaoudi semble se fissurer comme une statue de marbre : on vient de lui écraser l’amour-propre à la presse hydraulique, et elle s’est ridiculisée devant des millions de blaireaux. -Salut, Mess, hoho, je suis venu te dire que ton magret, là, il n’est pas bon du tout, huhu. En fait, tu te la raconte, mais je l’ai toujours trouvé repoussant, hihi !
Qu’est-ce qu’elle est heureuse, Nitouche, d’être filmée par une grosse caméra !
Tout les regards se braque sur la victime. Stupéfaite, muette, blême. Elle ne dit plus un mot.
-Messaoudi ? Messaoudi ?
Un masque de haine déforme soudain le visage de la cuisinière, alors qu’un hurlement de rage sort lentement de sa bouche tordue. Elle se précipite sur Nitouche, comme un pack de rugby à elle toute seule, lui enfonce l’épaule dans le bide avec la force d’une lance, et l’entraine a travers la baie vitrée, qui se brise sous leur poids. Les deux femmes font une chute de cinq étage. Un bruit de bouse vient signaler qu’elles se sont répandues par terre. Nordberg se retrouve tout seul dans la cuisine. Il regarde à gauche, à droite, par le trou béant. L’émission touche à sa fin. On a appris quelque chose : la bouffe de cette pute de Messaoudi était vraiment à chier. Tout est bien qui finit bien. L’hôte vedette brise le quatrième mur, et clôt le spectacle avec sa phrase d’’accroche.
– N’oubliez pas : je ne crie jamais Raoul, car je m’appelle Nordberg !

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