Texte à l’arrache 17

 Dans Mémoires de musicien, Textes à l'arrache
(Extrait de mes mémoires : Moi, Je, Personnellement, sortie prévue le 23 février 2021, aux éditions Masturbard, qui seront disponibles dans la poche intérieure gauche de mon costume de macchabée. Passage issu du tome 25, livre 43: mes années rock.)

« Ca me déprimait de voir mes copains galérer, vivoter de petits boulots en petits boulots, en dealant, j’en passe et des pires… Quel putain de chanceux j’étais, moi, sale degenerescence de bourge. J’avais réussi à en trouver un, de job, tranquille et socialement adéquat. Mais c’était seulement parce que Djinn m’avait botté le cul, autrement, j’aurais fait exactement comme mes potes, c’est à dire vivoter d’allocs et d’interim entre deux concerts à cinquante euros pour le groupe. Vraiment, quel bol. Ce qui me rendait malade, c’était de savoir que les étrangers au gang les traitaient de minables, et que le reste de la société faux-cul le pensait aussi. Dégueulasse, cette vie où nous étions obligéde bosser dans des boulots que nous n’aimions pas, dont nous n’étions pas fait pour, juste pour pouvoir MANGER, S’HABILLER, et DORMIR, et avec à peine assez de temps pour faire ce que nous faisions avec le plus de cœur à l’ouvrage : ici, la musique. Même Tonio, qui trimait comme un malade de missions en missions, s’était mis à la basse et avait vite progressé. Comme quoi, c’était bien la preuve que nous étions capable d’être autre chose que des branleurs, comme la première impression nous définissait… On devrait simplement payer certaines personnes à faire ce qu’elle préfèrent pour être utiles à la société. J’ai dit certaines personnes, car je pense qu’il faut faire un tri : exit ceux qui se la racontent le soir, place à l’humilité, la vraie, comme le peintre honnête qu’il y a dans le portrait de Gogol . Cette nouvelle a défini ma conception de l’artiste, dépouillé de toute vanité. Voilà ce que je crois, et si j’étais, mettons, Jean Giono, je le dirais et je l’écrirais, et je le décrirais, et j’ouvrirais la porte sur l’antichambre de tout les mondes imaginaires à inventer. Je piocherais de-ci de-la des fleurs, des montagnes, des cyprés, un ciel, peut-être plusieurs soleils. Je les mettrais ensemble, et je les peuplerais de bestioles avec ou sans paroles, surement avec des humains, car c’est mon espèce, puis je regarderais, juste pour mon plaisir personnel. Quand j’aurais bien examiné, j’animerais ça, et enfin j’inviterais d’abord mes proches, ma femme et ma famille, à passer la porte et à s’amuser de ce joujou qui m’aurait plu aussi. Et puis après, je l’ouvrirais à tout le monde ce passage, et si j’en faisais payer un petit péage qui me rende riche, je donnerais le pognon gagné à mes amis, pour qu’ils ne tirent plus le diable par la queue, qu’ils puissent faire leur musique jusqu’au bout, sans paresse, et aussi à tous ces pauvres pélos qui dorment sur des cartons de télé dehors, pour qu’ils puissent s’acheter à bouffer jusqu’à leur mort, des fringues et un havre qui leur plait. Oui, quand j’étais petit, je commandais des sacoches magiques, pour faciliter la vie de ma famille, c’était débile. Pourtant je préfère crever que de ne pas parvenir à ça sur le long terme. J’aime mes copains, les zicos qui étaient avec moi au début, qui m’ont toujours fait vouloir être un bon batteur, pour les accompagner jusqu’à ce qu’on soit de vieux croûtons moisis au bord de la soupière… »

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