Texte à l’arrache 178

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Bamboozled (2000), un film de Spike Lee.
Pierre Delacroix, de son vrai nom Peerless (synonyme de matchless, sans égal), est l’incarnation du noir aseptisé par la culture blanche : fruit de Harvard, cultivé, froid, il s’exprime dans un anglais littéraire, qui, quand il parle, à grand renfort d’arabesques manuelles, le fait ressembler à un acteur shakespearien du XIXeme siecle, ou au Docteur Denfer, némésis d’Austin Powers. Il travaille pour la chaine de télévision CNS.
Son patron, un abominable rouquin persuadé d’être exempté de savoir-vivre, parce-que ses enfants sont métisses, le harcèle pour trouver un nouveau concept d’émission comique. Delacroix, exaspéré par ce sombre connard, décide de pousser le bouchon suffisamment loin pour se faire virer de l’industrie. Il propose donc de remettre au gout du jour les « minstrel show », ces divertissement racistes du début du cinéma, où des acteurs blancs, grimés en noirs, singeaient ceux qu’ils considéraient encore comme des singes (nda: voir « the jazz singer », premier film sonore de l’histoire, pour se faire une idée). Contre toute attente, son idée plait, et évidemment, le show fait un tabac. Ce sera tout pour le résumé de ce film, qu’il faut voir.
Car, si Spike Lee n’a pas usurpé son image « d’afro-américain en colère contre l’oppresseur blanc« , il n’en demeure pas moins, et avant tout, un grand réalisateur. Un grammairien de l’image, un artiste du plan. Sous la critique de l’exploitation des clichés raciaux, il en profite pour craqueler le vernis du maudit entertainement à coup de ciseaux bien placé. Finalement, le veritable Moloch, le monstre mangeur d’enfants de l’histoire, n’est il pas cette industrie du divertissement ? Sous la fallacieuse excuse du spectacle doit continuer (pour que le pognon rentre), qu’avons-nous devant les yeux ? Le spectacle navrant d’amusements dégradants, infantilisants, avilissants, qui au lieux d’elever l’ame, la plonge dans le consumérisme lamentable. Le film se terminera dans la tragédie la plus totale.
Si le monde n’était pas ainsi, si enfin tout les hommes, affranchis de leurs chaines en or, vivaient au moins dans l’harmonie des ethnies, Spike Lee ne ferait pas de films qui dénoncent l’horripilante connerie matérialiste  de la société occidentale. Il ferait des films tout court. D’excellents films, comme ce Bamboozled, qui malheureusement, est nécessaire pour reveiller nos consciences. Il a fait un bide, vous pensez-bien. La machine écrase tout sur son passage, et Spike à la rage contre elle. Il a bien raison. Beat’em all !

(merci Nourdine Alfeny pour le visionnage !)

 

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