Texte à l’arrache 19

 Dans Textes à l'arrache

Armagnac et vieilles dentelles. Une mamie se saoulait dans la solitude de son salon, plein de napperons, de lutins en plâtres et de poulbots hideux. Elle tombait la bouteille, en regardant le fauteuil vide où s’asseyait son Maurice… C’était un bourru, Maurice. Toujours grognon, souvent méchant, perpétuellement manard, pauvre en humour, mais généreux en coups de ceinturon, il n’aurait pas été vulgaire de le traiter de gros con. De son vivant, la chaise était son trône. Il y tenait audience, avec sa bouteille de rouge. Plus elle se vidait, plus il grommelait. Le liquide transvasait des litres de tristesse dans son corps, une tristesse si amère qu’elle en devenait colère. Mais plutôt que d’admettre que c’était l’oisiveté, la superfluité de son existence, et l’alcool qui minait son subconscient, Maurice jetait son béret à la face de sa femme, défaisait sa ceinture, puis la battait jusqu’à l’épuisement. Le défouloir quotidien dura trente-trois ans. Un cancer de l’anus très retors lui fit expulser son âme et des kilos de matière fécale purulente. La petite vieille fut enfin libérée de son joug. C’était un peu triste de ne plus voir cet affreux mari. Souvent l’absence est plus présente que la présence elle-même, concrète, lourde, envahissante, invisible… Elle fait regretter la vie, même celle des plus imbuvables personnes. Mamie se servit un verre d’armagnac, remplissant le verre à ras-bord.

-A la tienne, mon Maurice…

Elle avala le contenu d’un trait. Titubante, elle partit dans la chambre, ouvrit le tiroir de la commode, en retira un ceinturon. Elle retourna au salon, plus saoule qu’un renne qui a fait une indigestion de fruits fermentés, en marmonnant une chanson de corps de garde, puis commença à se flageller avec la ceinture.

-T’aimais ça, hein, mon salaud ? Hein, t’aimais ça !

Elle ne sentait plus rien, mis à part l’absence…

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