Texte à l’arrache 200 (!)

 Dans Textes à l'arrache
Honte à nous francophones de France, pour ce que nous méprisons la littérature québécoise.

Qui ici connait Honoré Beaugrand ? Déjà les premiers rictus s’étirent. Imaginer ce patronyme prononcé avec l’accent canadien ironise immédiatement la chose, et balaye d’office toute analyse sérieuse. Remballons tout de suite notre piteux esprit taquin, qui fait de nous les prétentieux nabots que nous sommes.

Honoré Beaugrand, né le vingt-quatre mars dix-huit cent quarante-huit, pas encore mort, puisque toujours vivant dans ses textes, est un journaliste, propriétaire de journaux, homme politique (maire de Montréal) et écrivain québécois. De ceci, on s’en fiche, puisque c’est de sa plume dont nous voulons parler.

Ouvrez son recueil, La chasse-galerie, légendes canadiennes (1900), lisez les deux premières nouvelles, l’éponyme et le loup-garou. Oh, vous y entendrez sûrement cet accent, au départ, mais ça ne durera pas : le style transcende la langue, et style il y a.

« mais s’il y a parmi vous-autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu’ils font mieux d’aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat.« 

Ces mots ont été inscrits, certainement, à une époque où ces deux dialectes francs ne s’étaient pas scindés. Car aucun de ces termes ne se trouve pas dans un dictionnaire officiel. Du moins, les forces moqueuses qui éloignent les peuples était moins fortes. C’est l’océan et le temps qui nous rendaient sourds, et eux muets. Mais il ne fait aucun doute que le snobisme de la capitale enfonçait le clou de cette situation. Il existe depuis que les rois décidèrent de se fixer à Lutèce.
Revenons à nos histoires. Dans la première, des bûcherons isolés dans leur campement, pactisent avec le diable pour retourner, le temps d’une nuit, leurs blondes. S’ensuit une traversée houleuse, pleine de dangers et de pièges sataniques.

Ce que l’on retrouvera dans l’histoire suivante, c’est cette écriture tout en mouvement avec laquelle Beaugrand excelle. Comme ces contemporains français, il prédit le cinéma, utilise une grammaire similaire, fait du texte une longue action, qui prend le lecteur par la manche, et l’emmène de force dans les nuages, ou sur un cours d’eau nocturne.
Le loup-garou continue de séparer clairement deux mondes : le moderne, plein de gens sérieux, notables, avocats et consorts, avec l’ancien. Monde de la Nature, monde des hommes-animaux, où la magie est possible parce-que tout le monde y croit. On en a peur, surtout : elle est mortelle.

Sur un bateau (moderne) le narrateur voit un loup-garou sur la rive d’une ile (ancienne) devant laquelle il passe. Ici, l’écriture va ressembler au courant qui emporte la frêle embarcation, menacée de sortilège par les étranges formes de vie qui la suivent tout le long de ce rivage enchanté, avec l’intention de jeter un pont fantastique sur celui du navire…
Voici juste une bribe d’analyse (à l’arrache), pour t’inciter lecteur, à suivre les péripéties que te narre Honoré. Remballes tes préjugés, accepte le comme ton frère. Beaugrand est un grand écrivain, non minimisable, que nous nous devons de connaitre, au même titre que nos locaux. Il a autant de force et de mordant.

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