Texte à l’arrache 211

 Dans Mémoires de musicien, Textes à l'arrache
(Extrait de mes mémoires : Moi, Je, Personnellement, sortie prévue le 23 février 2021, aux éditions Masturbard, qui seront disponibles dans la poche intérieure gauche de mon costume de macchabée. Passage issu du tome 25, livre 67: mes années rock.)

 

Supertimor s’occupait à être malsain dans son coin. S.A.S, Guignol et moi étions trois autistes, comme le reste de la scène sludge locale, c’est a dire nous et Partners in Crime. Moins on est de fous, plus on flippe. Ce ne sont pas les dingos qui manquent ici, pourtant. Nous rigolions comme Beavis & Butthead, conservant toujours une distance somme toute sarcastique sur le reste du monde. Nous étions heureux de dire des choses méchantes, pour l’absurdité outrée qu’elles contenaient.
Quand on a commencé, je ne savais rien du genre Sludge . Je m’y connaissais en Death, Black, et Grindcore. Les aléas de l’existence m’avaient fait dériver de l’archipel du Métal vers des îles mystérieuses. Au milieu de l’océan, un maelström m’avait aspiré, j’étais parti dans l’espace (la Musique est un multivers), et j’avais un peu perdu de vue ma terre d’origine… Mais ça va, les deux zigotos là, ils étaient balèzes… Ils m’ont fait bouffer du Electric Wizard, du Eyehategod, BurningWitch, the Locust, Soilent Green  , entre autres.Tous ces groupes n’étaient pas du genre susnommé, mais devaient me donner une idée du délire. Niveau technique, ils m’avaient juste dit « joue lentement « , et me mimaient des rythmes à la bouche, que je n’avais qu’a imiter. Ça fonctionnait bien.
Pour être franc, je ne suis jamais exactement rentré dedans. Ça me plaisait, mais je me sentais déjà hors-jeu, question nouvelles passions . Un jour, j’ai écouté un morceau de Sleep en entier. Il durait une heure trois minutes. Ce jour là, j’en ai smoké, de la dope. Voila, c’est tout.
Heureusement les deux compères étaient des esthètes. Guignol, qu’au départ je ne connaissais pas, m’impressiona par son érudition, une vraie érudition, autant musicale que littéraire, ou cinématographique. C’est lui qui m’a conseillé l’Heure du loup, d’Igmar Bergman, et ça a été une vraie révélation, encore une. C’était un surdoué de l’art, il pigeait tout en deux secondes. Une guitare, une basse, une batterie, un stylo, un
pinceau… Aucun soucis pour lui. Guignol. Encore un pseudonyme. Lui et S.A.S trippaient sur les surnoms, quasiment tous ceux qu’on connaissait en avait un : le Soupion, Tronche de pied, Gibe, Pénis… C’était moins pour se moquer que pour avoir des mots rigolos à dire, et je pense que s’amuser du son des associations de lettres faisait partie du charme poétique des paroles de Supertimor, même si elles étaient incompréhensibles. Si ça c’est pas Dada.
Revenons à nos répétitions . On a enregistré une démo, dans un studio à côté du cimetière saint Pierre, sous un soleil de plomb. Le son était cool. Dans mon phare, j’ai fait le mastering, en usant de sortilèges. On était bien content du résultat. Il y a de supers titres dessus. Pour n’en citer qu’un, je citerai le premier : « l’eau de José« , parce-qu’il représente bien la formule Supertimor, encore plus fort contre les moustiques pré-décédés : on a fait un morceau lugubre, sur lequel S.A.S 2 Belzémouk a ajouté des paroles débiles. Ca parle de notre copain Kenny, qu’on appelait José. Il se baladait toujours avec une petite bouteille d’Evian. Dans ce morceau, Son Altesse Sérénissime a soif, alors il l’appelle : « Vas-y José de grâce, mais paye ton eau ! » C’est intéressant : peu importe le fond, parfois c’est la forme qui prend le dessus. Même une histoire idiote évoque la détresse du trépas, quand au lieu de la dire, on l’agonise. Nous savons tous que toutes les histoires idiotes du monde ne suffisent pas pour nous empêcher de mourir, chose idiote aussi. Pour le titre du cd, on se sentait tellement vermicelles, rabougris, incompris et inadaptés, que quand j’ai sorti « tout le monde aime Supertimor« , ça leur a plu direct. Ça nous allait bien, nous les anonymes parcoureurs de rues. Pour la couverture, on a demandé à Jerome Bosch de la faire. Tres jolie. Oyez ici des temps d’antiquité informatique, où une pochette d’album se résumait à une photocopie pliée autour d’un cd gravé, le tout enrobé dans une épuisette en plastique. Fais le toi même.
Belzémouk en a envoyé un peu partout par la poste, et on a mis des morceaux sur Myspace. Myspace, mouhahahaha, sans déconner, en 2004, c’était l’espoir pour un milliard de groupes. La preuve, ça a fonctionné. Le magasine Versus (qui ne s’appelait pas encore New Noise), le forum Slow End, et plein de webzines ont percuté. De là l’Immeeeeeeeensse notoriété de Supertimor. Soyons réalistes, si on plait a cent soixante quatre personnes sur la terre, cent soixante quatre personnes qui sont vraiment FANS de nous, c’est déjà énorme. Internet nous a aidé, mais je ne puis m’empêcher de penser qu’avant l’hypercommunication, on aurait peut-être eu une notoriété aussi grande. Si on avait aimé faire des concerts. Autant demander à un squelette de jouer à Docteur Maboul, ou a un gothique d’écouter du Zouk… C’est à développer, mais n’oublions pas que ceci est un texte à l’arrache.

(à suivre. De gauche à droite : Vinnie Smegma, monsieur Patate, Guignol, S.A.S 2 Belzémouk. Photo,Gin.)

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  • Philippe
    Répondre

    Cher Monsieur, c’est bien de faire un blog littéraire et élitiste… mais partir du pré-requis que tout le monde connaît le chef d’oeuvre post-moderniste africain des années 1980 qu’est la publicté de Super Timor est sans doute un peu osé. donc, pour mémoire :

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