Texte à l’arrache 243

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On finit un jour par comprendre qu’on ne pouvait pas faire voyager la chair dans le Temps. Depuis qu’on attendait les visiteurs du futur, ils n’étaient jamais venus. On ne comptait plus les cobayes, et autres chrononautes courageux mais insensés, qui avaient fini en charpie au nom de la conquête horaire. On se résolu donc à envoyer autre chose dans la quatrième dimension. C’est le professeur Brundlefly qui trouva comment faire.

Il avait compris que le voyage temporel était tributaire des mouvement de l’univers :c’était toute la mécanique cosmique qu’il fallait remonter comme une horloge, si on désirait aller en sens inverse. Seul un tout petit objet très rapide pouvait être susceptible de contrarier et de s’immiscer dans cette immense masse. Grâce aux avancée de la nano-technologie et aux nouveaux alliages de métaux mous, Brundelfly mit au point un engin minuscule : le chronostique.

C’était un drone télécommandé, dans lequel un convecteur spatio-temporel et une caméra haute-définition avaient été installé. Il était si riquiqui qu’il ne nécessitait qu’une énergie insignifiante pour développer les un virgule vingt et un gigowatts requis pour faire le bond dimensionnel.

Le professeur savait qu’il ne pouvait pas envoyer quelque chose de repérable. Si dans le passé, on s’apercevait de l’existence de ces machines, c’est tout le futur qui risquait de se chambouler. A l’aide d’acier souple, il le modela donc en forme de moustique, d’où le nom de la machine. Le système d’alimentation était d’autant plus ingénieux qu’il renforçait le mimétisme avec son modèle: il n’avait besoin que de quelques gouttes de sang pour fonctionner. En cours d’utilisation, il suffisait d’en pomper un peu sur n’importe quelle bestiole, humain compris, pour refaire le plein.

Ça fonctionnait du feu de dieu. Enfin on visitait l’histoire, déguisé en insecte. Comme des touristes dans un bateau à fond transparent, on pouvait admirer de grands spectacles : Gilgamesh menant ses troupes à l’assaut de la ville de Kish, la construction des pyramides, l’assassinat de Jules César, la bataille d’Hastings, le serment du Jeu de Paume, le premier concert d’Elvis, L’attaque du World Trade Center, tout ce qu’on voulait.

Parfois, malgré ses capteurs sensoriels et son système de réflexes défensifs ultra-rapides, un appareil finissait aplatit entre les paumes d’un habitant du passé. On l’entendait ronchonner après cette saloperie de moustique, et puis clac ! L’écran ne diffusait plus que de la neige. Détail sans importance, le chronostique ne coûtait rien à fabriquer, Brundlefly avait réussi à garder le contrôle total sur son invention, et l’avait distribué à tous. Si on avait la flemme de piloter, on pouvait visionner les plus beaux moments de l’Histoire , désormais disponibles dans toutes les bibliothèques.

Comme le mini-espion était également équipé de capteurs olfactifs, on se rendit vite compte de l’abominable puanteur qui accompagnait l’humanité, quelle que soit l’époque. Quand ce n’était pas l’hygiène, c’était la pollution, voire les deux simultanément. Louis XIV sentait l’urine, et Justinien puait des pieds. A l’initiative de Brundlefly, on inventoria tous les génies incompris, méprisés, ou oubliés par les génération future. L’humanité se sentit plus qu’ honteuse d’elle-même quand elle se rendit compte de l’intarissable méchanceté de ses ancêtres. A part le Président et son gouvernement, qui firent interdire le passé, la plupart des gens agirent dans le sens inverse. Des leçons qu’ils tirèrent, ils devinrent meilleurs. Petite cause, grands effets : Un moustique avait réveillé les hommes… Et on comprit pourquoi les prises insecticides ne marchait pas.

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