Texte à l’arrache 25

 Dans Textes à l'arrache

Le caricaturiste abscons est abscons par essence. Abscons dans son trait, abscons dans son humour. Abscons de tes morts, abscons de ta race, abscons de ta pute de mère, voici le genre d’inscriptions qui garnissent ses dessins. Car en effet, le caricaturiste abscons est vulgaire, vulgaire jusqu’à l’abscons. Comme la musique moderne du futur, ce n’est que sur une seule note qu’il raconte sa blague. Une blague triste, une sale blague. Celle du croqueur de types : ceci est l’histoire de La Bruyère, écrivain du xviiieme siècle, qui dans son livre les Caractères, inscrivit à jamais sur du papier, les descriptions les plus fines des différentes personnalités humaines. Le prétentieux, le délicat, l’hypocrite , le bon à rien, l’idiot, et pratiquement tous les autres, avec le style le plus beau qu’ai jamais connu la langue Française. Le caricaturiste abscons est son descendant dégénéré. Lui aussi pourtant à une vision d’aigle : il coince les défauts désagréables que l’on trouve souvent rassemblés dans une seule personne, et emprisonne le tout dans un crobard rugueux, cruel, et véridique. Ensuite, comme sur une planche d’anatomie, il désigne par de petites flèches les détails caractéristiques qui font les détestations d’aujourd’hui : le bobos, le facho, le crapuleux, le communard,etc. Hélas, c’est à cet instant que l’abscons déboule : quasiment toutes les légendes contiennent les mots « fils de pute » « connard » « enculé » et pas beaucoup plus. Laissons donc le caricaturiste abscons faire mon portrait : il va dessiner une grande bringue rachitique, baveuse et mal rasé, en pyjama sous le peignoir, chaussettes dépareillées, pétard dans la main gauche, volume de Baudelaire dans la droite. Une représentation fidèle. Ensuite, il va ajouter ses petites flèches, et, tel un enfant désignant une crotte avec un bâton, va me décrire : « Grand fils de pute rachitique » « bave de débile » « barbe pas rasée de connard » « pyjama de fils de pute » « peignoir de baltringue » « chaussettes dépareillées de connard » « pétard de fils de pute » « bouquin de fils de pute » et « handicap de connard » (pour ajouter une note d’effronterie). Tout ceci est bien abscons. Pas loin de la vérité, mais plein de bile et de méchanceté. Par dessus tout, sans aucun Art. Quelle triste époque, où nous jaugeons comme dans une mauvaise série de collège américaine . Peut-être est-ce même le trop plein de feuilletons de ce genre dans notre enfance qui nous à rendu si juge et categorisateur de tout ? Impossible de le savoir. Ce qui est sur, c’est que le caricaturiste abscons, par delà son humour, est surtout plein de haine et d’amertume. Tel un entomologiste en colère, il épingle la stupidité révoltante sous toutes ses formes dans de petites vitrines, mais sa misanthropie égale finalement la connerie qu’il dénonce. Ce n’est pas grâce à lui que nous corrigerons nos défauts, bien au contraire. Par sa grossièreté insolente, il participe au cloisonnement de la société, à l’abrutissement général par l’appauvrissement du langage. Il fait de nous des adversaires… En un mot comme en cent, c’est un gros fils de pute.

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