Texte à l’arrache 269

 Dans Textes à l'arrache
Palouÿs ouvrit les yeux, et la première chose que son regard troublé accrocha, fut le sol de pierre qui s’enfuyait vers une porte fermée. Une lourde porte de geôle, métallique, sans poignée.
-Bonjour Palouÿs, j’espère que vous avez bien dormi, dit une voix caressante, presque affectueuse.
Ses muscles finirent par se dégager des liens de l’engourdissement, sa vision fit le point une bonne fois. Il se releva, et observa autour de lui : une pièce rectangulaire, d’une quinzaine de mètre carré. Nue, totalement nue. Tout en se demandant s’il avait vraiment entendu quelque chose, il palpa les murs, par instinct. Un réflexe de bête en cage. Sa conscience était incapable de se frayer un chemin dans la brume des événements précédents. Comment s’était il retrouvé ici, il était incapable de le dire. Son étonnement bâillonnait pour l’instant l’instinct de survie qui aurait du lui sommer de s’affoler.
A sa grande surprise, il constata que les côtés les plus longs du parallélépipède étaient recouvert de mousse noire, une épaisse mousse, étroitement tressée et moulée en petites pyramides. Il y enfonça un doigt, presque amusé par la sensation moelleuse, par l’agréable caresse des pointes molles sur la paume de sa main. Le mur où se trouvait la porte, au contraire, était tout ce qu’il y a de plus concret. Solide, plein, et visiblement très épais. Une parois vitrée constituait la cloison opposée. Elle donnait sur une obscurité impénétrable, qui donnait l’impression désagréable que la pièce était suspendue dans le vide. Palouÿs, prit soudain de vertige, s’affala sur son séant.
Un crachat de micro annonça le retour de la voix. Elle se mit à parler, blanche, neutre, calme.
-Mon cher, je ne pense pas que soyez en mesure de m’identifier, pourtant, vous me connaissez, et je vous connais. Sachez juste que vous m’avez mis en colère. Ce qui me met en colère, c’est l’injustice envers ma personne, et être injuste avec moi, c’est me faire quelque chose que je ne ferais pas à un autre : se moquer, mépriser, calomnier, traîner dans la boue pour le plaisir de voir souffrir…
La tirade fit une pause, comme essayant de contenir la rage qui sourdait en dessous du ton posé. Il y eu un court silence, puis le discours repris.
-Depuis, votre voix n’arrête plus de résonner dans ma tête. Elle braille. Elle m’en réveille la nuit. Je dépéris. Je deviens fou. Fou à lier.
Il avait beau parcourir à toute vitesse les pages de son annuaire mental, fouiller dans tout les placards de sa cervelle, impossible de mettre un nom sur ces cordes vocales. La voix jouait avec sa mémoire et se délectait de cette amnésie. Elle savait qu’il ne se rappellerait plus. Elle voulait enfoncer le clou, lui faire regretter de ne pas se souvenir. L’effet de culpabilité marchait. Il ne savait pas ce qu’il avait fait, mais un remord subit et une mauvaise conscience étouffante s’étaient immédiatement mis à l’étouffer.
-Mais passons, reprit la voix, j’ai horreur des scènes où le méchant perds son temps à expliquer le pourquoi du comment. Sachez juste que ces murs sont tapissés de mousse acoustique… Vous savez… Comme sur les hauts-parleurs…
Palouÿs frémit. La voix se remit à parler, mais cette fois-ci en laissant libre court à sa rancœur. Elle enflait, enflait, enflait, devenait de plus en plus forte, de plus en plus intenable.
-Tu es bien attrapé, hein, méchant Palouÿs ? Tu ne fais plus le malin, hein ? hein ?

Tu n’as plus l’air si prétentieux ! C’est insonorisé ici, c’est discret, mais effectif.

Pas comme toi, méchant Palouÿs, oh non !

Terminé, l’insolence, terminé, la pédanterie.

Affreux, Mauvais, Prétentieux, Snobinard ! C’est douloureux, n’est ce pas ?

C’est insupportable ? Comme toi, Palouÿs, comme toi ! Comme toi ! COMME TOI !!! COMM…

Même en s’enfonçant les index dans les conduits auditifs, le volume était si fort que les cellules de son oreille interne furent réduites en bouillie. Palouÿs perdit l’équilibre, et s’affala par terre. La douleur était atroce. Il n’entendait plus la voix, mais il sentait toujours la puissante onde malsaine qui lui pulvérisait le cœur. Son cerveau se liquéfiait. Ses sens se mirent à tourner. Le silence devint ténébreux. Les ténèbres devinrent permanentes…
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