Texte à l’arrache 294

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Torture-porn à l’arrache :

La dame d’une soixantaine d’années avait l’air tellement bête, dans le wagon, que Laurence, qui était assis quelques sièges plus loin, en nourrit tout de suite une véritable haine. Elle demanda d’une voix craintive et forte au jeune homme assis à coté, si c’était bien le train pour Carnoux. Il lui répondit en raclant sa gorge, qu’on était dans le TVG Paris-Lyon-Marseille. L’empotée marqua une pause. Il y eu un silence d’embarras général. Puis elle redemanda a l’homme, de la même voix de souris geignarde. Mais c’est bien le train pour Carnoux ? C’en était déjà trop pour Laurence. Les fréquences aiguës de la pauvre mémère, dont il se souvenait maintenant qu’un couple de quinquas fébriles l’avait installé à sa place à Lyon, lui irritaient les tympans. Elle demandait toujours la même chose, essayait en vain de comprendre les explications des voyageurs ayant eu la malchance de se retrouver à proximité. La stupidité de cette personne l’indignait au plus haut point. Son imagination dessinait le tableau délirant de la femme avec un pinceau d’artiste maudit. Vieille fille incapable dans un village oublié des routes et de l’histoire, innocente cloitrée toute sa vie dans sa chambre, gardée par ses parents, donnée, puis mariée à un simplet ayant un peu de bien. Engrossée à quatorze ou quinze ans, mère de faux-jumeaux, les deux quinquas de tout à l’heure… Ils avaient grandis, et n’en pouvant plus de ce boulet maternel, l’avait foutu dans le premier train en partance pour autre part. Elle ne connaissait rien, n’avait jamais rien vu. Et elle se retrouvait la, voiture dix-sept du train quatre vingt mille huit cinquante sept, cette ignare totale. Cette biographie fantasque, associée aux couinements perçants près de lui, écoeurait Laurence. Quelle faiblesse. Quand le train arriva à Marseille, il descendit derrière elle, et se mit à la suivre à distance. Elle commençait à se perdre sur le boulevard Voltaire. Il n’avait rien d’autre à faire…

Lorsqu’elle reprit connaissance, elle se rendit compte tout de suite qu’elle était fermement ligoté sur une chaise. Ses avant bras avaient été soudés aux accoudoirs par de la corde d’alpinisme, sa taille et sa poitrine liées au dossier de la même façon, ses jambes attachées aux pieds de bois du meuble. Seuls ses poignets et ses chevilles pouvaient encore exercer un inutile mouvement. Elle cria d’effroi de toute la force de ses poumons, mais il n’y eu qu’un murmure étouffé. Un bâillon de tissus lui coupait la commissure des lèvres. Son instinct la faisait s’agiter et hurler par un automatisme animal. Il était impossible de se dégager. La chaise sautillait sur le sol en béton, ne remuant rien d’autre la poussière. Entre deux spasmes d’affolement, elle remarqua la télévision, mais dans son esprit en naufrage, ce n’était qu’un détail. Elle ne réalisait même pas la pièce sale et mal éclairée où elle se trouvait. Une seule chose remplissait sa pensée : le désir absolu de s’enfuir.

Elle sentit qu’une porte s’ouvrait derrière elle. La présence dans son dos la stoppa net. L’homme vint lui faire face, s’accroupit a sa hauteur. Il avait un sourire goguenard, prêt a se transformer en ricanement diabolique. Ses yeux étincelaient de vice et de mépris. Pas l’ombre de la moindre pitié sur ses traits maladifs. C’était Laurence. Avec un ton professoral, il lui expliqua la raison de cette séquestration : il l’avait jugé totalement vierge, au sens intellectuel, et se faisait un devoir de déniaiser son cerveau. La dame remuait la tête de gauche à droite, de grosses larmes rejoignaient la morve et la bave coulant en flots discontinus de ses orifices, formant un masque hideux d’impuissance complète. Laurence sembla clairement horripilé par ses gesticulations. Son rictus se changea en grimace haineuse. Posant ses mains sur les épaules de sa proie, il la cloua sur place d’une pression impérieuse, lui signifiant de se tenir tranquille. La force du tortionnaire l’impressionna, elle s’abandonna au calme. Laurence la maintint plusieurs minutes, s’assurant que la docilité de la femme était sincère. Quand il fut certain qu’elle ne tenterait plus de s’agiter, il se dirigea vers la télé, et l’alluma. De la neige grésillante apparu sur l’écran. Sous le récepteur se trouvait un magnétoscope. Il éjecta la cassette pour vérifier sa présence, l’inséra de nouveau, puis appuya sur le bouton de lecture. Pendant qu’un générique en caractères asiatiques apparaissait lentement, Laurence reprit son cours. Il l’informa que le film qu’il lui proposait de regarder était japonais, qu’il était si horrible que peu avait été capable de soutenir sa vision; le titre, poétique, en était « Fleurs de chair et de sang ». Par réflexe, elle ferma les yeux, ce qui le fit rugir de colère. Sortant un rouleau de ruban adhésif, il grommela un « je l’aurais parié » presque déçu. Lui saisissant la tête brutalement, il lui scotcha les paupières supérieures aux sourcils. L’infortunée pleurnichait de douleur. Laurence n’y prêta pas la moindre attention. Il lui souhaita un agréable visionnage, et s’en alla. Elle entendit la porte se refermer. Paralysée, elle ne put que regarder le métrage qui débutait.

Un homme déguisé de façon absurde en samouraï, capturait une jeune fille dans un Tokyo contemporain, la droguait, puis l’amenait chez lui, ou il l’attachait à une table d’opération. Se tournant face caméra, le bonhomme annonçait qu’il allait faire apparaître les fameuses fleurs de chair et de sang annoncées dans le titre. Dans les faits, il se mit à démembrer méthodiquement sa victime inconsciente, sous l’oeil complaisant de la caméra. Aucun détail n’était laissé à l’imagination. Les bras et les jambes étaient arrachés lentement, dans des flots d’hémoglobines, le corps était ouvert, les tripes déroulées, les boyaux extirpés. L’absence totale de narration, l’aspect documentaire de la chose, le grain poisseux de l’image, l’oeil voyeuriste de l’objectif, tout faisait penser à un véritable homicide. Du vomi gicla sous le bâillon de la dame, qui renversa la tête en arrière. Ses yeux avaient beau être ouvert, ces horreurs lui avaient fait perdre connaissance.

Immédiatement, Laurence revint, et la secoua pour la réveiller. C’est ainsi que la torture se déroula, pendant des heures, des jours, des semaines, des mois peut être. Maintenue en vie par perfusion, il la gavait de films sur lesquels avaient été enregistré tout ce qu’il y avait de plus violent, de plus choquant, de plus révoltant. Les enceintes déversaient de cris qui ne s’arrêtaient jamais. Au début, la femme remuait toujours beaucoup, puis, longtemps plus tard, elle devint amorphe, subissant les visions infernales sans broncher. Laurence s’amusait beaucoup à la « requinquer ».

Un jour, alors qu’il descendait dans la cellule pour voir de près son jouet, il trouva la chaise vide. Les liens avaient été rompu. La télé continuait de passer ses images de cruautés ignobles, ici un travelling sur un charnier de Bosnie-Herzégovine. Les cadavres rongés semblaient serrer leur dents de souffrance, entremêlés dans leurs chairs grises. La surprise gagna Laurence, et il allait partir à la recherche de la femme, lorsque, en se retournant, il la vit dans l’encadrement de la porte. La petite créature se tenait là, décharné, effrayante, inamovible. Sa posture de chienne de garde montrait une détermination invincible. Son regard apeuré d’idiote avait changé. Il était perçant comme une vrille, et s’enfonçait dans la poitrine de Laurence, plein d’une vigueur intense, nouvelle et dangereuse. Elle fit un pas en avant. C’était au tour de l’homme de prendre sa leçon…

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