Texte à l’arrache 309

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Rien de plus glacial qu’un gothique provençal. Par gothique, entendons tout ce qui est habillé en noir, au teint pale, à la silhouette de corvidé, au regard mortifère, clope au bec, imper au corps, ennuyé de vivre encore cette existence contrariante, agacé par son époque qui, depuis toujours, n’a jamais été adaptée à son vague à l’âme perpétuel. Gothique encore, parce qu’accompagné de musique sombre, triste, angoissante, distordue, menaçante.
Oui, voila un fameux contraste. Prenons un gothique type, genre famille addams/EdgarAllan Poe/Bauhaus/Emperor/Tokyo Hotel (nda  : ceux-là, c’est pas possible, c’est juste pour donner un vague indice de visualisation aux bonnes gens qui estiment au premier regard), posons le au milieu d’une garrigue, prés du Garlaban, sous un soleil de plomb. De ces hauteurs, Aubagne ressemble à la Vallée des Rois. La chaleur fait transpirer le thym et bronzer les cailloux. Les cigalons s’étouffent à crisser. La palette de couleurs se décline en nuances minérales, verdure sombre, bois brulé, azur aveuglant, ombres de désert. Qu’observe t’on ? Il commence à geler sur un périmètre de soixante-six virgule six centimètres carrés, tout autour de notre ambassadeur de la mélancolie. Le sol se craquèle, les lapins
pleurent, les parpailloun se désintègrent, les ziboux se réveillent en plein midi et hululent comme pendant une nuit de pleine lune. Le froid de son intérieur déborde en dehors. Pas besoin de lire Baudelaire pour accepter sa théorie. Lui qui disait que l’été était la saison où on pense le plus à la mort, voici sa pensée incarné devant nous. Rien de tel qu’un cadavre en plein cagnard pour se rappeler que le baiser de la Mort ne se soucie pas du beau temps, et moissonne jusqu’au contrées les plus riantes. Jamais Pagnol n’aura paru si tragique. Paradoxalement, ça fait presque sourire. Ça doit être à cause de l’accent.
L’expérience est terminée. Récupérez votre sujet. Piquez une couronne de fleur au cimetière, en chemin. Installez vous dans votre salon, décorez avec la couronne. Servez le gothique frais dans un grand verre avec de l’absinthe, en écoutant « Bela Lugosi’s dead« . Appréciez.

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