Texte à l’arrache 314

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Yo ! Je suis la Mort. Vous m’avez peut-être déjà vu dans de grands massacres, comme Verdun, Le Débarquement de Normandie, ou La Retraite de Russie, entre autres. Ça, c’est pour mes amis français. Mais je travaille à l’international aussi. On me connait partout dans le monde. Vous, je ne doute pas que vous m’avez rencontré au moins une fois. Je bosse tous les jours, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans jamais prendre de repos. J’exagère, des fois, je file ma faux à des collègues, très connus aussi : le Baron Samedi, Anubis, Ixtab, la déesse du suicide maya, ou bien encore l’Ankou. Ça me permet de me détendre un peu. Enfin, détendre, c’est une façon de parler… Car il faut que je vous dise qu’en privé, je suis une personne assez triste. Les gens me craignent en général, alors que moi, je ne suis là que pour faucher ! Ce n’est pas moi qui mets les armes dans vos mains pour que vous avanciez le jour où je viendrais. A cause de ça, mon planning est toujours faussé, personne n’y pense à ça… Seules les morts naturelles sont marquées dessus, et à cause de vos petites velléités, ça n’arrête pas de changer ! Bref, c’est comme ça, on peut rien y faire. Sachez cependant que je n’emporte pas les pékins quand je suis hors de mes heures de service, alors plutôt que de fuir, pourquoi n’irions nous pas boire un verre ? Bon, comme je l’ai dit plus haut, je ne suis pas la joie incarnée. Quand je suis libre, ce que je préfère c’est rester seul chez moi. Comprenez-moi, voir des abrutis toute la journée, ça me rend agoraphobe, limite phobique social. Dans mon salon douillet, j’enfile un peignoir élégant, je met une petite chéchia sur ma tête, mon fume-pétard dans mon bec, et je pioche un livre dans ma bibliothèque (j’aime bien la poésie,). Puis, je me vautre dans un fauteuil moelleux, et je lis. De temps en temps, un peu de musique classique. Mon morceau préféré ? « La danse macabre » par Camille Saint-Saens, of course. C’est le maximum du divertissement pour moi, ce qui explique pourquoi je fais rarement d’étincelles en soirée. Je n’aime rien de mieux que le calme et la contemplation, aussi dans les noubas suis-je souvent un intrus. Pour comble de malchance, j’ai été fait sexué : on dit LA Mort, mais en vérité je suis un homme, un mec, un gars, un gonze. Il suffit que je le signale pour que les féministes me tombent sur le dos, et m’envoie bouler avec toute la compréhension qu’on leur connait. Le pire, c’est que je suis un peu efféminé, sensible et raffiné, mais à votre époque, ou vous aimez vous mettre dans des cases avant même d’être dans des boites, ça fait tout de suite pédé. L’amour n’a pas de règles, c’est vrai, mais moi, je ne peux pas m’empêcher d’être hétéro.  Alors pour draguer les filles, c’est pas évident. En plus, n’étant pas un bout-en-train, ni un fêtard, ni un marrant, ni un ravi, ça ne fait qu’empirer mon cas. Elles me trouvent mortifère, ce que je ne peux pas leur reprocher. Mais est-ce de ma faute si j’aime la face noircie des choses, et le grandiose du Désespoir ? J’ai bien eu quelques copines, mais elles ont toutes fini par me lâcher, elles me trouvaient trop ennuyeux. Bah… de toute façon, je les ai emporté un jour, il fallait bien. Les bout-en-trains, les fêtards, les marrants et les ravis aussi… Ça devient déprimant, désolé, je ne peux pas m’en empêcher… Cela dit, j’ai quelques amis, quand même. Des comme moi, des tristouillards, des malaxés de l’existence, des qui n’en reviennent pas de vivre. De temps en temps je passe les voir, on papote, on reste là, c’est cool. Vinzo, par exemple, je passe le voir souvent. Je n’ose pas lui dire, mais il me fascine. D’habitude le corps et l’esprit ne font qu’un, mais là, ils ne s’entendent pas ! c’est très étrange de voir une âme prisonnière de son corps, essayer désespérément de sortir de là sans succès, en se cognant contre les parois. c’est tragique et beau. Il se plaint de ça tout le temps, mais je ne peux rien faire. Ce n’est pas son heure, et je ne risque pas de l’inciter à se fiche en l’air. Le planning n’oubliez pas. Il me rappelle un peu moi quand j’étais jeune : déprimé, déprimant, grognon, noir en dedans, pas nihilste pour un sou. On a de super discussions philosophiques, genre la vie détruit tout ce qu’il y a autour d’elle pour subsister. La vie tue, quoi. Hahaha, j’adore…
Assez parlé. Si je continue, on sera encore là ce soir. Une dernière chose avant d’y aller, si j’embarque votre vieux pépé, ou l’amour de votre vie, ou un frère, ou une sœur, ou un ami, ne m’en voulez pas, mais pensez-y : moi, je fais juste mon boulot. Je ne torture pas plus celui qui vient juste de souffrir. Au contraire , je le prend contre moi, comme une mère attentionnée, aimante, pacifique. Pour ceux qui savent, où qui m’attendent, je suis même un soulagement, c’est dire !
Non, je ne peux pas vous dire où je vous emmène, en ce moment, c’est en pleine restructuration, je ne m’y retrouve plus ! (nda : voir texte à l’arrache 291, entre autre)
Donc, soyez sympa ne forcez pas la tendance en faisant n’importe quoi, s’il vous plait. Pensez à mon planning, j’ai des comptes à rendre !
Tchüss !
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