Texte à l’arrache 330

 Dans Textes à l'arrache

Dans un futur relativement lointain, la conquête spatiale, après moult péripéties politico-économico-technologiques, finit par dépasser la lune. Le premier vol habité sur mars, facile. Venus, Mercure, Uranus, tout le toutim solaire, terraformé, colonisé, réglé. Toujours pas d’extra-terrestres à l’horizon, ce qui n’empêchait toutefois  pas la civilisation terrienne de prendre de l’ampleur, et de la vitesse.
Un jour, un jeudi, il arriva un incident bizarre. La caméra du satellite explorateur Beatnik 57 émettait normalement ses images, quand tout d’un coup, il n’y eu plus que de la neige sur l’écran. Ce n’était pas du à une défaillance matérielle, mais à un choc brutal, un contact violent, une commotion sévère. Les détecteurs etaient formels. Or, à cet instant, Beatnik 57 se trouvait dans une zone vide de tout corps astraux, dans le néant total, le rien, le zéro, le nada. Pourtant, kaboom, kafoutch, proukchi, Beatnik 57 s’était bel et bien cogné contre quelque chose.
On envoya immédiatement une navette-dépanneuse sur les lieux du crash. Ce n’était pas vraiment loin, juste après Betelgueuse. Stupeur ! Arrivé à l’endroit, le vol habité se croûta pareillement, en voulant faire la reconnaissance du périmètre. Là, ça devenait bizarre.
Avec des précautions extrêmes cette fois, c’est tout une flotille de destroyers gavés de space marines et de scientifiques qui s’approcha du coin maudit à pas de loup cosmique.
*Pouc*, fit le nez du vaisseau amiral en touchant le mur. Oui, le mur. Enfin, le mur, plutot une paroi, une cloison, une falaise, un… un… un truc dur qui empêchait de passer outre cette distance, sans s’ecraser comme une grosse mûre pas fraîche. Un mur, quoi.
A partir de là, les découvertes allèrent mauvais train. Non seulement, on ne pouvait pas passer, mais cette surface s’étirait sur des années lumières tout autour ! Des générations de croiseurs-tâteurs établirent la géographie du mur, et au bout de seulement quelques dizaines d’années, on en arriva à cette conclusion réaliste : l’univers avait une limite. Il avait la forme d’une patate, d’à peu près mille milliards de milliards de milliards de mètres cubes . Impossible d’aller au dela.
Ce ciel immense vers lequel l’homme avait levé les yeux pendant des millions d’années, ces etoiles brillantes d’espoir, ce cosmos prometteur d’eternelles aventures, ben c’etait borné, démarqué, contouré, li-mi-té. Au bout de l’odyssée, il n’y avait qu’un mur infranchissable et noir, solide comme la plus tenace des pierres.
S’ensuivit une relative dégringolade du moral général chez les homo sapiens, déprime , deception, et vague à l’ame. A quoi bon chercher à s’évader, puisqu’il n’y avait plus de sortie ? Les biologistes ne voulaient plus toucher à leur microscope, de peur de toucher le plancher de « l’infiniment » petit. Les mathématiciens se déclaraient insultés quand on leur demandait de calculer des aires et des volumes. Les Astrophysiciens se sentaient comme de simples vigiles dans un hangar en désordre. En un mot, les scientifiques les plus cartésiens étaient mis au carré, toutes leurs théories fantasques se retrouvant anihilées par cette situation concrète.
Les plus grands cerveaux mondiaux se dirent qu’il devait bien y avoir quelque chose de l’autre côté, mais ça restait à vérifier, vu que les plus puissants lasers n’arrivaient pas même à entamer un millimètre du mur. Après  tout, ce n’en etait peut-être etre pas un…
Il y avait donc une fin à l’infini.
Les ventes de guitare, d’harmonica, et de disques de blues connurent un bond sans précédent, et être claustrophobe devint une triste banalité…

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