Texte à l’arrache 334

 Dans Mémoires de musicien, Textes à l'arrache
(Extrait de mes mémoires : Moi, Je, Personnellement, sortie prévue le 23 février 2021, aux éditions Masturbard, qui seront disponibles dans la poche intérieure gauche de mon costume de macchabée. Passage issu du tome 9, livre 41 : mes années rock.)

Je ne sais pas trop par où commencer. Les répétitions ? C’est là que je passais quatre-vingt pour cent de mon temps, quand je me fus enfin libéré de l’univers carcéral de ma famille, en 2003. Ma vie décidée d’artiste a commencé le jour où j’ai emmenagé dans cette chambre de bonne, qui habite encore la moelle de mes os. Au cinquième étage d’un immeuble de la rue Perrin-Solliers, cette pièce  exiguë au sommet d’une sorte de phare devint la représentation physique de mon imagination malade. Décoré par mes soins, le studio sous les toits se recouvra d’affichettes imprimées, de posters improvisés, de fantasmes inachevés. Tout autour du judas de la porte, j’avais disposé quatre feuilles, où j’avais dessinée des formes tourmentées. Une plus petite feuille au centre figurait un bonhomme bizarre, dont un des yeux était l’oeil magique. Sur l’armoire à vêtements était scotché l’inquiétant tableau du film Twin Peaks. Cet agencement tenait  de la chambre d’ado, mais ça me plaisait, parce que j’avais quasiment tout bidouillé en personne. Sur le pan de mur qui donnait vers le canapé-lit/piège à loup, une affiche, taille ciné, de Lost In Translation, faisait que mon maitre à penser, Bill Murray, me regardait en permanence de sa tronche de chien battu. Yann me l’avait offert. Il y avait de solides étagères sur lesquelles j’ai pu entasser bédés, bouquins, dvds et cds, une kitchennette pour célibataire paresseux, une micro-salle d’eau pour les motivés de l’hygiène, ainsi qu’une table servant d’autel aux divinités des jeux vidéos, de portail vers la dimension internet aussi. En guise de fenêtres, deux ouvertures minuscules. En se retenant par les orteils, on pouvait apercevoir un morceau de Notre-Dame-de-la-Garde. Surtout, j’ ai installé ma batterie électronique, et je me suis mis à bosser dessus tous les jours (la nuit, les voisins n’aimaient pas trop). A vous, adulescents-encore-chez-vos-parents, je vous exhorte, si vous en avez la possibilité, à prendre vos cliques et vos claques,  et à fuir hors du nid, oh que oui. A vous la liberté, celle de rentrer à pas d’heure sans inquiétude, celle de manger n’importe quoi, n’importe quand, celle de jouer sur l’ordi jusqu’à en avoir des crises d’epilepsies, celle de prier saint RMI, patron des procrastinateurs, et d’être pointé du doigt par les beaufs qui savent bien que si la France coule, c’est à cause de vous, celle de vous gaver de musique, de films, à vous en noyer dans la toile, celle de lire, de se défoncer et de cogiter par dela le point de non-retour, celle de jammer avec vos groupes préférés, celle de vous croquer le ciboulot, à apprendre à vous servir de votre instrument, celle d’ élaborer des machins impromptus, juste pour le plaisir de créer, celle de concevoir des plans inefficaces pour perdre votre virginité, celle d’écouter parler vos auteurs favoris, celle de flipper la nuit dans les rues, en voulant voir les têtes sculptées, au dessus des portes d’immeubles de la rue Chateau-Payan, vous dévisager de leurs yeux blancs, en bref, celle d’avoir la vie la plus bizarre possible, sans avoir de compte à rendre. Cet univers m’a rendu fou au point de me scarifier des paroles des Buzzcocks sur les bras (life is an illusion, love is a dream), d’avoir des visions Lovecraftienne, de badigeonner mon quotidien d’une inquiétante étrangeté durable, et de recouvrir de papier tous les miroirs de ma garçonnière, entre autres. Mon Dieu, qu’est-ce que j’étais seul. Mais ce sacrifice me permettait d’être toujours disponible dès qu’il fallait faire le coup de feu, autrement dit, jouer de ma Pearl, dans un local ou sur une scène. Grâce à cette absence d’attache, j’ai pu partir faire la première tournée de ma vie, avec Lo et Elektrolux, amis et mentors de l’apprenti-musicien que j’étais. Oui, je me rend bien compte d’avoir dévié du sujet. Tant pis, on parlera des répéts une autre fois. L’avantage du texte à l’arrache, c’est qu’on peut le guider n’importe comment, comme un cheval dont on a lâché la bride. Disons donc que cette succession de mots est la répétition de mon texte sur les répétitions. Hinhinhin

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