Texte à l’arrache 344

 Dans Textes à l'arrache

Psychopodologie :

Chaussette au sommet de sa carrière, en boule sur le toit d’un immeuble. La Sloggy solitaire suinte d’eau de pluies usées, couverte d’escarbilles et de bout de saletés. Trempée comme une loutre tombée d’un barrage, dans le fond mousseux des chutes. Toute noire et molle, spongieuse au toucher, le béton s’effrite dessus. Le vent glacial passe sur son talon, le ciel a perdu son soleil pour à la place installer un spot faiblard. Quelques fumeurs montent ici, sans voir le chiffon froissé, et rajoutent à la brume nocturne leur propres nuages de tabac. Dans l’oeil de la chaussette brille encore les souvenirs naufragés de sa gloire. Elle fut la capote à pied d’un célèbre chanteur. Avec sa partenaire, sa soeur jumelle, elle enrobait les arpions fameux, et l’orchestre portait leur nom, en hommage aux services qu’elles rendaient : les chaussettes noires. La voix sirupeuse comme du Get 27 de leur propriétaire, faisait couler un frisson doux sous leurs voutes plantaires. Folie du succès, compétitions, jalousies, les deux bas ne firent bientôt plus la paire. On la jeta dehors un jour, d’un coup de pied au pied, sans sommation, sans explication, comme une vieille chaussette trouée, sur le pavé, le plafond des mouches. Comment s’est elle retrouvée ici, sur le toit d’un immeuble ? Probablement qu’elle à voulu en finir, et sauter. Mais une soquette qui saute, ça ne va jamais bien loin, à la rigueur ça flotte, ça se laisse mener au quatre vents. Il faut au moins un corps dedans pour la lester. Elle est restée là, près des climatisations, à ecouter leurs ronrons, et à s’endormir. Depuis, les saisons tannent son tissus, l’hiver glacial, le printemps râpeux, l’été accablant, l’automne putréfié. En bas, elle ecoute la symphonie des klaxons. Le soir, toutautour, les buildings endormis ouvrent un oeil jaune ou deux. Quand les clopeurs montent, elle regarde leurs chaussures, reve d’etre à leur pied. La cendre fraîche floconne sur elle comme la neige volcanique sur un pompéien, et la lueur des fraises sont comme de nouvelles étoiles. Puis, ils s’en vont, la laissant sur sa terrasse grise. Espérant qu’un jour un pigeon l’emporte dans son bec, elle déprime dans l’intervalle, trouve qu’elle pue, qu’elle sue du jus. Pourquoi à t’elle envie d’un café ? Chaussette au sommet de sa carrière, ne te mets pas en boule, meme si ton moral est au dedans de toi. Un jour tu trouveras chaussure à ton pied. Ou pas.

 

(Chaussette : Gin)

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