Texte à l’arrache 45

 Dans Textes à l'arrache

Au niveau de la réception, Donatien Alphonse François de Sade avait de sérieux problèmes. La fibre optique, c’est génial, ironisait-il. Comme d’habitude avec chaque soi-disant nouvelle technologie, on lui en avait vanté les prouesses extraordinaires : rapidité, stabilité, qualité d’image… C’était exactement pareil qu’autrefois. Les bugs avaient changé d’apparence, et si un écran qui affiche de gros pixels figés en haute définition est une avancée technique, alors D.A.F était en présence d’une réussite totale. Sauf qu’il ne pouvait plus regarder tranquillement ses pornos… Gredinerie. Le marquis appela donc le réparateur. Quelques heures plus tard, la porte trembla :
-Bonjour, je suis Hans, je viens réparer le câble.
-Hohohohihihi, par ici, je vous prie, entrez vite !
L’aristocrate gloussait comme une jeune fille polissonne. Hans était un grand gaillard velu, au regard plat, à la bouche molle, dont l’uniforme mettait en valeur l’imposante volonté qui siégeait entre les jambes de son pantalon. Il se fit conduire par la main jusqu’au téléviseur. La télécommande fit la démonstration du problème : les changement de chaines montraient une succession d’images parasitées.
-Vous pensez pouvoir faire quelque chose ? Dit Donatien Alphonse François. Mon installation est un peu vétuste, ma prise n’a pas servi depuis longtemps. Pourriez vous la dépoussiérer ?
-Bien sur, je suis un expert ! Dit Hans d’une voix forte, en claquant une paume épaisse sur le sommet du récepteur.
-Excellent, excellent. Dans ce cas, je vais me mettre à l’aise, pendant que vous oeuvrez.
Le marquis alluma la chaine hi-fi, qui se mit à déverser les mélodies sirupeuses du Meilleur des bandes originales de films X volume 4. A cause de l’inexplicable chaleur accablante, le marquis retira son peignoir, seul rempart entre sa peau et le monde extérieur. Hans déballa son gros outil.
Hans étudia le connecteur de D.A.F : il était sombre, profond, sale. Il annonça qu’il y avait là un problème de compression, que les trous s’étaient racornis. Rassurant un Sade inquiet, il lui assura q’un simple aller-retour de sa fiche suffirait à récurer tout ça. Il se faisait un devoir de faire retomber la tension. Le client fut si ravi par la rapidité et la clairvoyance de ce diagnostic, qu’il ne demanda même pas à son sauveur l’autorisation de l’aider à démêler son filin. Il manqua de lui arracher, en tirant dessus trop fort. Plus de mal que de peur, cela n’empêcha pas Hans de brancher sa fiche dans la prise de Donatien. Avec violence et science, le réparateur s’y reprit à plusieurs fois. Parfois le jack ne rentrait pas, ou cognait à coté, cruel, fendillant le socle. Parfois il pénétrait si fort, qu’un bruit sourd éreintait la coque du marquis. Hans tentait de rétablir un réseau «large bande » avec son coaxial. A force d’effort, de sueur, de patience, d’huile de poing, le jus de données coula de nouveau, inondant la boite d’Alphonse, la remplissant de tera-octets épais. La mise à jour était terminée, le marquis, délivré, Hans, fatigué.
-C’était une intervention périlleuse, dit l’homme à l’appareillage perfectionné.
-Il a fallu casser un peu, mais maintenant ça marche du foutre de Dieu, répondit l’écrivain blasphémateur. Cette opération m’a vivifié. Merci pour votre abnégation sans faille, elle aura comblé la mienne.
-Bitte, dit Hans (comme son prénom l’indique, il était Germain, mais l’auteur ici a eu la flemme de reproduire son accent), ce sera tout ?
-Oui, oui… dit Sade, délassé. Oh, si ! Cher monsieur des télécommunications, avant de partir, auriez vous l’obligeance de me passer cette boite, là, sur la commode ? Celle-ci. Où il y a marqué « sparadraps rectaux ». Merci, j’en ai bien besoin. Au revoir, bel adonis. Merci pour cette superbe perfora… intervention.

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