Texte à l’arrache 85

 Dans Textes à l'arrache

Tout les jours au boulot, il envoie des courriers aux pharmacies. « La tarification est anormale sur l’acte, veuillez retransmettre votre facturation… », et ici il écrit : « sans A.M.E ». Encore un acronyme de la tour de Babel, au doux parfum d’ ironie, n’est ce pas ? Incroyable le nombre de personne sans âme, de nos jours en France. L’ont-elle toutes vendue ? A qui, au diable ? Peu probable. Plus personne n’y croit depuis Usual Suspect. A Emmanuel Macron ? A Marine Le Pen ? Au secours, faites que non. Pris de panique, il renverse sa chaise, sort de l’espace ouvert, sous les yeux fatigués des ses collègues, dévale les escaliers, sort dans la rue, hèle une taxi : « Partout, et plus vite que ça ! » Il court au Mucem, à Beaubourg, dans les bâtiments publics, dans les HLM, les résidences de standing, les immeubles récents, et il crie : « où sont vos âmes, où sont vos âmes ?! » Pas de réponse. Il va dans chaque gare moderne, dans chaque aire d’ autoroute, et il crie : « où sont vos âmes, où sont vos âmes ?» Pas de réponse. Il se précipite dans les marchés, les supermarchés, les hypermarchés, et il crie : « où sont vos âmes, où sont vos âmes ? » Pas de réponse. Il se fait jeter des écoles, des bibliothèques, des cinéma, des discothèques, des salles de concert, des stades, des mairies, des parlements, et des bourses, où il est allé crier : « où sont vos âmes, où sont vos âmes ? », et où personne n’a répondu. Vexé, parce que quelqu’un lui à dit« dans ton cul », il fait l’impasse sur les églises, les mosquées, les synagogues et les temples. Ces endroits sont vides depuis longtemps. La course lui a coûté un foie, deux reins, six mètres d’intestins, et un testicule. Désespéré, il fait la manche dans les rues « où sont vos âmes ? Où sont vos âmes … » Mais il n’y en a aucune, nulle part.Tout d’un coup, il se fige. « Et mon âme à moi, où est elle ? » Les genoux éraflés, il s’effondre, pour se mettre à pleurer. « Hé ho, je suis là » dit soudain une toute petite voix, « Là, au fond à droite, derrière tes tripes, regarde-bien». C’est pourtant vrai qu’ il y a quelque chose : un minuscule trognon de pomme. Après l’avoir extirpé, il l’examine. Une main anonyme a gravé (à l’éplucheur), avec une écriture qui ressemble à la sienne, le mot « AME » sur une partie non mâchée du fruit. Il réalise qu’il l’a entièrement dévorée . Un rictus indéfinissable lui tord la bouche : des vaguelettes de joie qui s’alternent de tristesse. « Au moins maintenant, j’ai droit à une exonération

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Commentaires
  • Julien
    Répondre

    Excellent

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