Texte à l’arrache 174

 Dans Textes à l'arrache

« Être anti-conformiste devient si conventionnel, et être conventionnel devient si pleutre, que je me demande s’il ne vaut mieux pas ne pas être, pour s’échapper de là. Conformisme ou non, ce ne sont pas des choses qui entrent dans la conception du beau, de l’artistique. Ce ne sont que des insultes que se lancent entre eux les petits bourgeois toujours avides de se défier, avant de se mordiller comme des louveteaux. Assez, assez de ces flatteries de l’ego, qui au mieux, complaisent les imbéciles dans leur inanité, au pire, offre le spectacle dégoûtant de pédants se masturbant à la vue de tous. Comment retirer le mercantilisme de l’art, sans pour autant priver l’artiste du salaire qui lui est dû ? N’aurait-on pas oublié à quoi sert l’art, pour commencer ? Comment revenir à sa plus pure définition ?

Peut-être en retirant cette course à la compétition qui pousse nombre d’entre nous à faire comme Kid Ricard, et a sortir la tête par la fenêtre d’un hélicoptère, alors que les pales tournent. La situation est le miroir de notre malaise occidental. La société du spectacle est une peste internationale. Elle recouvre les corps de bubons purulents que l’infecté trouve magnifique. Quand ils explosent, le pus sur les murs ressemblent à de l’art. Mais c’est une hallucination qui annonce la fièvre et la mort imminente du malade. Les mythes de l’idiot génial, de la serendipité miraculeuse, sont insupportables. Ils donnent un espoir pervers, car sans lendemain. Aujourd’hui l’artiste, quand il réussi, est immensément riche. Celui qui échoue est un incompris.

Ceci est une problématique erronée : la question n’est pas de savoir si le succès est un gage de qualité, mais si une œuvre, prise objectivement, sans s’arrêter à la personne qui l’a conçu, émeut. Par émouvoir, j’entends procurer un plaisir, (pur ou malsain, mais un plaisir) ainsi qu’un enthousiasme, chez l’observateur. Les vendeurs d’art sont les joueurs de flûte d’Hamelin contemporain. Leur air est le suivant : vous êtes tous artistiquement viable, tout ce que vous faites pour vous évader de l’injustice du monde est artistique, et ceci constitue la clé de votre libération. Car plus vous serez contre l’injustice, plus vous serez populaire, plus vous gagnerez de l’argent, et plus vous serez libres de fuir ces crétins qui vous submergent. Si ça ne marche pas, tressaillez d’allégresse : votre cadavre sera célèbre et admiré des adolescents. Ce sont surtout les joueurs de flute qui s’enrichiront sur le dos de ces crédules, qui viendront déposer volontairement le fruit de leurs entrailles à leur pieds, en espérant avoir la chance de se faire exploiter. Voici pourquoi le Rat Sensible, c’est-à-dire l’homme égal à l’homme, dépouillé de tous préjugés, est pour la destruction totale de la société actuelle, jusqu’à ses plus petits rouages, afin de rebâtir un système basé sur l’harmonisation du moderne avec l’antique, exclusivement de leurs excellentes choses, pour TOUTE l’humanité sans exception. »

(Sauron Kietegraat, le concept de la segue, 1844)

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