Texte à l’arrache 275

 Dans Textes à l'arrache

Icelui le clown qui péte aurait pu être l’ami des enfants, s’ ils ne lui collaient pas une frousse bleue. Il se promenait un jour sur l’avenue d’un quartier résidentiel américain, un bouquet de ballons dans la main. Ses chaussures immenses couinaient à chaque pas, accompagnant les pépiements joyeux des oiseaux dans les arbres. C’était une belle matinée d’automne typique du Maine profond.

-Hé, Krusty ! fit soudain une voix étouffée

Icelui tourna son nez rouge à gauche, à droite, en l’air. Personne en vue. Il se dit qu’il avait du rêver, haussa les épaules, et repris son chemin en pouet-pouettant de plus belle.

-Oh, Koko ! Gugusse ! Là, viens par ici !

Icelui interrompit de nouveau son élan. D’où pouvait bien provenir cet appel ? D’une démarche de manchot, il traversa la rue plusieurs fois, de plus en plus perplexe.

-Lààà ! Dans le caniveau ! Crétin de clown. Ouhou ! Petit, petit. Viens, viens !

En effet, en s’approchant de la rigole, il remarqua deux points lumineux qui perçaient dans les ténèbres des égouts. Il y avait un regard dans le regard.

-Plus près, viens plus près.

Le clown se plia en deux, avec un grincement gaguesque, pour voir de plus près. Il ne délirait pas. Il y avec bien quelqu’un là dessous. La forme ronde d’une tête de petit garçon se découpa progressivement au milieu de l’obscurité.

-Olalalalalala, mais qu’est-ce qu’il fait là, le petit nenfant ? Il est coincé, olalalalala ? demanda Icelui, inquiet, malgré sa phobie, de voir un môme flanqué dans un endroit aussi improbable.

-Non. Je joue au sous-marin, monsieur le clown. Tu aimes jouer au sous-marin ? Un sourire de dents de laits éparses apparu dans l’ombre, pareil à une rangée de petites lucioles.

-Bien sur, petit nenfant. Je suis un clown, j’aime toujours jouer.

-Oh, c’est chouette alors. Tu voudrais bien me faire plaisir monsieur le clown ?

-Olalalala, oui.

-Tu voudrais bien me faire un éléphant en ballon ?

Le coeur d’Icelui chauffa d’attendrissement.

-Un néléfant ? Pas de problème, c’est ma spécialité, olalalalala ! A l’école du rire, j’ai fait ma thèse sur l’histoire des animaux ballons dans la chine médiévale de la dynastie Chong à Ching !

-On s’en moque. Envoie l’éléphant.

Il sortit une chambre à air de sa poche, souffla dedans, pour obtenir un boudin phallique de belle longueur. En quelques gestes lestes et précis, en quelques sons triviaux, il noua le ballon jusqu’à ce qu’il prenne la forme du pachyderme désiré.

-Et voila !!! Un né-lé-fant !

-Donne. Fait le passer par le trou

-Tout de suite, petit garçon. Tiens, prend le c’est pour toiaaaAAAARGH !!!

Sitôt passé le bras dans la cavité. Une douleur vive envahit le corps d’Icelui. Les dents de laits s’étaient enfoncés dans le doigt du clown, le pinçant avec une cruauté de vampire.

-Aaah, sale ch…iard de… gnnn… Merde ! Lâche-moi ! Lâche-moi !

Il avait beau se débattre, l’etreinte dentaire ne faiblissait pas. A force de tirer comme un désespéré, la toile de son gant se déchira, liberant brusquement le pauvre turlupin. Il tomba sur son derrière rembouré, qui émit un bruit de jouet pour chien. Un rire farceur sortit du cloaque. Icelui se jeta à plat ventre, bien décidé à choper le chenapan par le col. Il n’y avait plus personne. Un frisson lui parcouru l’échine. Il se releva, épousseta son costume, suça son index sanguinolant. La sale bête lui avait presque coupé la phalange.

-´Sont complètement tarés les gosses d’aujourd’hui, grommela t’il.

Tout en jurant comme un charretier, le clown reprit son chemin. Plus jamais il n’essaierait de combattre ses peurs. Désormais, la guerre etait declarée. Les prochains moutards qu’il rencontrerait, il leur collerait la trouille de leur vie, et pas qu’un peu.

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