Texte à l’arrache 282

 Dans Textes à l'arrache

À chaque fois, Paris me remet a ma place dans la société : sur le bas coté, insignifiant, indésirable. Le train de vie au pas de course, tête baissée, des insectes autochtones, empêche l’estropié de rejoindre les autres fourmis sur le sentier… Le sejour est moins cauchemardesque que le précédent (nda : voir le texte à l’arrache 167): à choisir entre souffrance physique ou psychologique, j’ai choisi la première. Bon choix, sur mes béquilles, j’ai des airs de docteur Octopus du pauvre, mais au moins, on me voit un peu plus, comprendre on me bouscule comme une personne valide. Quelle illusion de nous croire plus évolués que les betes, notre fonctionnement est exactement pareil, la seule différence, c’est que les animaux ne connaissent pas l’hypocrisie… Ce soir, Trisomie 21 à la Machine du Moulin Rouge. Histoire confidentielle des groupes cultes, ceux dont la mèche n’a pas eu le temps d’atteindre le baton de dynamite, malgré toutes leurs flagrantes qualités artistiques. Le critique gland (pléonasme) les mettra dans la catégorie new wave, voire post-rock, pour les plus snobs d’entre eux. Pénétration dans l’ex-salle à cancan. À l’intérieur, on y voit ces fameux imperméables verts, contenants des tourmentés hululants, ces engins tristounets qui enrageaient les punks de la première fournée, talibans de l’apparence comme n’importe quels autres talibans de la mode. Talibans tout court. Comme souvent dans les endroits branchés, le présent ressemble à s’y méprendre au passé. Beaucoup de monde. Assis dans un recoin, je mets les cheveux devant les yeux, et je contemple le parquet en remuant du crâne. Avec T21, c’est de circonstance. Petit discours plein d’hésitations du chanteur, parlant du temps, qui ne bouge pas malgré les rêves.
À travers le rideau de crin, je vois cependant la masse humaine reunie pour ce concert remonte-temps. Il pourrait etre content, le César de salon, mais il se noit, dans la marée d’hominidés, il se noit, dans la solitude de sa douleur, il se noit, dans la tristesse et la rage, il se noit, dans la vague froide qui surgit sur scene pour recouvrir la fosse, il se noit, dans un gobelet en plastique…
On est lookés, j’espère que quelqu’un reperera mon t-shirt dellamorte dellamore, une ame soeur ou frère de plus, sensible et maladroite. Mais seul Gin remarque, et je l’aime.
Jeunes nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue, en voila bien une de fête triste, le sépia teinte la foule en souvenirs envolés. Pour quelques secondes, ils rassemblent leurs poussières en fantômes balançants. Cette musique met l’ego sous cloche, afin de nous laisser contempler chacun le sien, une activité sclérosé et sclérosante, idéal pour les foutraques paralysés…
Le Norvégien (qui est là) enrage : les gens ne dansent pas, et regardent ses gesticulations avec du mépris minable dans leurs yeux chassieux de moitié-vivants. Pire, le bar ferme une demi-heure avant la fin du spectacle. Il est vingt-deux heures. On danse comme des mongoliens sur la dernière chanson, puis on s’en va. Ce concert était très bien, Eric, fan depuis trente ans, tout hébété de bonheur, confirme. On a toute les difficultés du monde à retenir le Norvégien de revenir tout casser. Non-consommateur d’alcool, je partage malgré tout son désir de razzia : je n’aime rien de plus que le chaos, la peur, et la mort. On ne se refait pas. Mais pour le coup, ce spectacle nouvelle vague-après-punk était la bande son idéale !

(Gros bisous à Dark Bébér !)

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