Texte à l’arrache 124

 Dans Textes à l'arrache

Le blues, la tristesse des esclaves noirs, celle des nègres blancs irlandais, des clochards voyageurs, de tous les détritus de la campagne états-uniennes. Douze mesures en boucle, parmi lesquelles on insère des notes bleues, ces sons qui donnent envie de pleurer. Au carrefour de deux chemins de terre, derrière une bicoque de traviole, sur les quais, sur les rails, dans les champs, entre les chaines autour des pieds, jusqu’aux rues sales d’une métropole futuriste, on entend le blues, qui est une plainte chantée. Il a d’autre noms, suivant les latitudes et les époques. Par ici, il s’appelait le spleen quand il n’était pas fredonné. Le mal-être sinon s’exprimait en chansons populaires pour la plupart oubliées, et toutes ces formes étaient belles, car le désespoir est toujours beau quand il est tragique. Aujourd’hui le blues a supplanté la poésie (en termes commerciaux et bourgeois, s’entend), mais ce n’est pas bien grave : il est lui même versifié, et reste donc frère, si ce n’est enfant, de la muse originelle. Tant qu’il y aura des hommes pour brimer d’autres hommes, la mélancolie ne mourra jamais. C’est un esprit voilé d’un drap souillé de larmes, qui aime a se poser sur les épaules des méprisés de la Chance, gourgandine du hasard. Bien que puant, il est doux, voire entêtant, comme un vin napolitain. Gare cependant de ne pas le laisser trop longtemps : il peut s’enrouler autour du cou et étrangler son porteur. C’est pour cela que les amateurs éclairés de cold wave ne portent jamais d’écharpe…

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