Texte à l’arrache 234

 Dans Textes à l'arrache

Il était une fois un foie, l’été, dans une île. Un abattit battut à coups de battes, aplatit sur la plage. C’était un organe fainéant et foireux, qui feignait d’être un orignal sans corne. Il contemplait l’éternité pacifique du Pacifique, partiellement ensablé dans le sable chaud. régulièrement rafraîchit par les lèchouillis des vagues. Il frétillait franchement, et ce spectacle pas vraiment savoureux pour les yeux, heureusement n’avait pas de témoin : l’ile était déserte. Un Robinson aurait vomi à cette vision d’un foie hideux (il était cirrhosé, et gonflé, et gluant), sautillant en faisant des bruits flasques, en laissant des traces sanglantes à chacun de ses sauts mous. Mais baste, ce foie était seul au monde, et content de l’être. Des fois, il perdait la foi, quand une morue sautait de l’eau pour le gober. Il tremblait à l’idée de devenir un foie de morue. Mais ça ne durait pas. Sa foi de foie, il la retrouvait à l’ombre des feuillages. A la chaleur bienfaisante du soleil, il s’endormait, bienheureux. Il rêvait à un duo de nonnes, à des moments lointains, quand Pan créa les petits foies comme lui, tous colons transverses, ascendants du fond des tripes arrachées de Prométhée, giclants hors des palais pour découvrir le monde. Soudain, il se réveillait, conscient d’avoir commis un impair. Impair qui le définissait. C’était un foie d’homme solitaire. Qu’importe son asymétrie, qu’importe son isolement. Le naufrage l’avait libéré de la prison de chair, un vilain bâtiment sans lumière, à gueule de pirate, et il avait échoué dans ce paradis perdu. C’était un foie heureux, heureux jusqu’à la contraction de son être avec son sentiment. Oui, c’était un foi’reux.

(dédicacé aux surréalistes de Liverpool)

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