Texte à l’arrache 304

 Dans Textes à l'arrache

Les marseillais des rues sont difficiles à supporter. Le zombie qui te frôle, casquette et survêtement râpé, oeil de merlan mort, bouche de mérou, à l’air de vouloir t’agresser. Son mutisme en rajoute encore à l’idiotie dangereuse qui s’avance vers toi. Il se frotte à toi, à deux doigts de te bousculer. Il essaye d’ouvrir la portière de la voiture à coté de laquelle tu marchais, comme un clodo fouineur à la recherche d’un mauvais coup. Mais il s’agit bien de son automobile, du moins, c’est le passager. Son compère aussi peu loquace que lui fait marcher l’ouverture centralisée de la fourgonnette de livraison. A chaque instant, un mot semble vouloir sortir de leurs bouches, un mot de menace, un mot mystérieux. Cela ne sera pas. Ce sont peut être de ces grands bandits mal habillés, sérieux comme des papes, en train de repérer leur casse du siècle. Ou alors, ils poussent la morosité de vivre à son paroxysme, et se sont suicidés le cerveau il y a belle lurette. Celle-ci est ma caste.
La blondasse coiffée, quadra en voie de putréfaction, menue sous son manteau de fourrure synthétique, au regard de gabian, te regarde de haut malgré son mètre cinquante. Bourgeoise autorisée, mémère sans anormalité, c’est l’incarnation de la méchanceté, voilà pourquoi tu n’oses pas parler. Son regard te foudroie comme celui de Méduse. A la maison, c’est surement la Gorgone, et le mari, s’il est encore là, doit être loin d’être Persée. Reine-mère de ses enfants trésors, ses géniaux génies précoces, elle sera prêt à démembrer pour leur confort. La cruauté du vivant illustrée.
Légions d’édentés, cramés, vitrifiés du rachis, gueules de peinture flamande accrochées à la terrasse des comptoirs et au zinc des bistrots, de vingt à soixante quinze ans, tournant le dos au ravin vers lequels ils reculent. Normal, la télé est au fond du bar, et on est serré comme des sardines, con !
Aphrodites aux formes intrépides, à l’accent en papier de verre, crinières au vent et molosses sans laisse, chiant des crottes de brontosaure sur les trottoirs défoncés. L’inspecteur des cacas finis ne sait plus si c’est le chien ou la maitresse qui a produit pareil monolhite excrémentiel.
Mufles de murène, caractères de congre, trognes de tritons tarés, visages délictueux, tronches d’ailleurs, métèques et basanées, qui laisse le choix aux immigrés locaux d’etre soit rasciste, soit humain. Hipsters en reconaissance pour l’implantation de leur colonie, t-shirt ramones ou motorhead tout neuf pour passer inapercu, lunettes à rayons x pour avoir l’air cultivé, détritus qui se jettent eux-même.
Amateur de rugby conscient de sa conscience, chapeauté, barbichu, et vieux garçon. Ecrase les merdes de chien sans s’en rendre compte pendant qu’il fait la leçon.
Engins d’obédiences musicales plus ou moins marqué : punk, goth, psychobilly, et consorts, moqués à vue par les blaireaux tolérés, ceux en maillots de foot et pantalons moulant leurs jambes de sauterelles enscootées.
Estrasses moyennes, en couple et à poussette, françözes statistiques et abaisseurs de niveau général, beaux-enfants de la blondasse. La preuve que la vie détruit tout sur son passage. Viellards tirés par leurs cabots moisis, à la course avec les limaces absentes.
Jeunes boutonneux à cartables, igorants de leur inexorable dégradation physiologique,
dégoûtants libidineux bouffis de graisse, alanguis de mastrubations frénétiques, arpentant les places en fantasmant des Shakiras nymphomanes.
Bleus de Chine tâchés, rôdeurs aux profils de rapaces, hommes des foules sans visage, sans histoire, frappés de juges.se.s correctement politique attablé.e.s au bistrot, point de convergence des tristesses municipales.
Votre sale con de serviteur sait que dans ce fatras se cache les bonnes natures, les raisons de vivre, le baume au coeur de la fraternité possible, seulement, elles se sont tant fondues dans la masse, pour survivre, qu’il ne sais pas vers qui aller ! Le hasard seul sera son détecteur. Marseille, tu me meurs.

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