Le bal des enragés en concert L’Usine. Istres 22 avril 2016

 Dans Chroniques de concert

 

 » Toi qui entre ici, abandonne tout espoir  » disait Dante, qui ne connaissait certainement pas les Dead Kennedys, et on pourrait se dire la même chose, quand on entre dans la salle où à lieu le bal des enragés. C’est pour ça qu’avant toutes choses, mettons nous déjà d’accord sur le sens du terme Bal.

 

Voici ce que cela signifiait dans la tête de votre serviteur avant le début du concert : bal, balloche. Spectacle campagnard organisé pendant les élections de miss Pâté en Croute, très très ancienne fête traditionnelle qui, il y a quatre mille ans, se serait également accompagné de libations et du sacrifice rituel d’une jeune vierge. De nos jours, on a juste gardé la jeune… Mais je m’égare.

 

Spectacle musical, où des musiciens jouent pour l’assistance un florilège des succès du moment : tubes radiophoniques, vieux succès, chansons populaires, etc. Ça dure quatre heure et tout le monde danse, petits et grands, et tout le monde s’amuse, ou pas. Je ne appesantirai pas sur la notion de ringardise de la chose, notion subjective et hors de propos ici. Sachez qu’en tout cas, je ne voyais pas de valse au programme.

 

Voici le Bal des enragés, un show itinérant ou des membres de plusieurs groupes de rock fort français mettent en commun leur amour de la reprise pour interpréter un panaché de chansons qui les ont marqués, et donc nous aussi, les futurs vieux de la génération 80. Intéressant de savoir qu’est ce qui plaisait à leurs oreilles adolescentes, quand nous aussi faisions de même, formant nos gouts, nos rêves et nos caractères. Aujourd’hui, c’est trente-six ans plus tard. Faisons maintenant le point.

 

C’est ici qu’il faut que je commence à citer moult noms, de personnes, de groupes, de chansons : mais ce sera peut-être en vrac et au détour des phrases.
Un clodo du futur arrive sur la scène. Le voilà bien ennuyé, roh lala, c’est le dernier punk sur terre, et la terre, mes gaillards, elle a été détruite par la connerie humaine, dur. Le pauvre hère hurle à la nuit solitaire qu ‘il aimerait bien, au moins, un dernier concert, car l’éternité blafarde s’annonce longue sur ce désert post-apocalyptique tout pourri.

 

O joie, à ces mots, la fée arrive. Poum, Tagada, la voilà, un projecteur braqué sur elle. Je résume le dialogue en conservant le ton :
-Ola, pauv tanche, que n’est tu si tristoun ! Ton voeux, vlan, viens donc que je te le réalise, ce souhait.
-Oh ben oui m’dame, ce s’rait vachement sympa hé.
-Très bien.
Elle retrousse ses manches.
-Abracadaboum !

 

Ainsi commence le concert, trois heures de reprises, de l’air connu de tous à la petite pépite qui fait fondre le cœur des connaisseurs. On aura donc, en vrac du AC/DC, du Slayer, du Rage against the machine, du Social Distortion, du Fugazi, du Stranglers, du Dead Kennedy, et pour les français, du Collabos, du Pigalle, du Stupéflip, du Noir désir, du Oberkampf, etc.

 

Les musiciens se relaient tout du long pour enchainer à un rythme trépidant ces morceaux qui conquièrent aisément un public demandeur de bon souvenir, et c’est juste très sympa. Oui, oui, tout à fait. Un joyeux bordel où les vieux briscards plongent les larmes aux yeux dans un bon vieux pogo d’antan, et danse l’avion sans la honte d’être inapproprié. Un esprit chagrin, snob et cynique pourrait maugréer de la facilité de ce genre de concert : prise de risque minimum grâce à une playlist imparable, succès maximum dû au fort capital sympathie généré par la même playlist. Pour un aigri, c’est donner des perles aux cochons, pour un autre, c’est très bien !

 

Vertigineuse réalité que ce Bal des enragés : il est temps pour nous, les en fin de jeunesse, de se faire à l’idée que nous sommes désormais en proie à la nostalgie. Comme nos parents et grand-parents, nous avons besoin désormais d’entendre les vieilles rengaines qui, il y a vingt-trente ans,étaient la bande son de nos vie, la musique qui horripilaient nos vieux et nous faisaient adorer ça, parce que il n’ y avait rien de plus VIOLENT , de plus AGRESSIF , de plus DIFFÉRENT, et de plus VIVANTS, pour nos hormones fraiches. Désormais, nous sommes les horripilés par les ritournelles d’aujourd’hui, et tant pis si nous ne les comprenons pas toujours, nous avons besoin de ces raouts pour nous retrouver entre ancien enfants perdus.

 

Le cycle se perpétue : les générations nouvelles s’abreuvent de ce que les générations intermédiaires trouvent erroné. Au fur et à mesure que se déroule le tapis roulant de l’existence, les gouts changent, évoluent, régressent. Je ne peux pas m’empêcher de sourire à ces maisons de retraite du futur où nous exigerons à des aide-soignants aux blanc becs de nous remettre du Cannibal Corpse sur la sono. A nous donc les balloche pour grabataires, et que nous importe si les bébés aiment le Trap, la Tween-wave, ou le Dubstep : bientôt ce sera leur tour.

 

Reléguons nos peurs aux vestiaires : nous ne survivrons pas, d’accord, mais la culture se transmettra toujours. En quelles proportions, on ne sait pas. Sous quelle forme ? Pas mieux. Du moment que nous n’aurons pas honte de nos amours à cause de futiles prétextes d’age, et de mode, et d’air du temps, elle se transmettra. On trouvera bien le moyen de s’en divertir.
Avec ça, ça devient cool de pourrir !

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