Stevie Wonder en concert Sporting Club – Monaco 9 juillet 2010

 Dans Chroniques de concert

Le Sporting Club est une sorte de pataquès de masses géométriques diverses empilées aléatoirement les unes sur les autres, qui semblent figurer une soucoupe volante écrasée contre un pole emploi. Dans ses intestins de sous-marin fourmillent une armada de sondiers, machinos, eclectros, runners, régisseurs, backliners tous de noir vêtus, mais aussi serveurs, cuisiniers, barmen, disc-jockeys, voituriers, flics, femmes de ménage, secrétaires,putes de luxe et pompiers. Il y a même deux canards.
Je m’y rend à chaque fois que le chômage me ronge, et j’y officie en tant que, disons, pousseur de caisses anonymes. Comme un petit rat, je me faufile dans les alcôves et sous les grands rideaux, je trottine de cour à jardin sur la scène, suivant les ordres qui me sont donnés.
Trois imposants semi remorques barrent l’entrée des artistes, déféquant leurs flycases remplis de matériel. Quand je me glisse dans les coulisses, c’est pour y découvrir un chantier pharaonique, qui dégouline de câbles. On monte sur la scène une pyramide d’instruments, ou rutile au sommet une batterie énorme cernée de percussions diverses. Claviers,guitares et basses forment la base de l’édifice. Pierre angulaire, un piano a queue noir de jais attend patiemment que des doigts aveugles le parcourent. Les machinos se battent à ériger un rideau-ecran géant, relié à un impressionnant système de contrôle vidéo constellé de moniteur. Comme dans le second Alien, chaque marines (pardon… musiciens) est équipé d’une caméra embarqué, qui informe également de leur rythme cardiaque. J’ai un léger frisson à l’idée de penser que quelque part dans les coursives, doit ramper une créature baveuse assoiffée de sang. Sinon, à quoi ça servirait tout ce barda ?
Quelques inventaires de peaux de batterie plus tard, la soirée commence.
Elle débute par un concert de l’aimable Ty Stevens, chanteur noir à la voix de citron vert.
Ayons une pensée émue pour cette artiste, qui cette année avec son groupe, sera la première partie à résidence de la saison. Imaginez vous être un juke box humain, jouant chaque soir pour les nantis qui s’empiffrent sans vraiment écouter, les mélodies d’ascenseurs douces et sensuelles que vous vous escrimez à jouer à un volume n’excédant pas les deux décibels. Frustrant, hein ? De la console retour, on entend plus les couverts qui s’entrechoquent que la musique. Quelque part, ça fait froid dans le dos, ces artistes noirs élégamment sapé de blancs qui jouent dans une cantine de riche. Les cyniques diront qu’ils sont bien payé, et qu’ils ont signés pour ça. Mouais.
Feu d’artifice à l’entracte.

Stevie Wonder se place aux commande de son piano sous les hourras, et le spectacle commence. Eclairs de lumières diverses. La scène en mouvement est comme un vaisseau de haut-bord, massive et bruyante, et chaque morceau asséné est un nouveau coup de canon tiré.
Certes, notre ami sans yeux à commis quelques crimes contre la musique dans les années 80, mais qui ne l’a pas fait ? Stevie à le bon gout de puiser au sources de ses tubes, et de ses amours de jeunesse à la Motown.
Une douzaine de marins s’activent à faire groover le plus possible le navire. Les deux guitaristes et le bassiste, bien alignés, chaloupent doucement comme de gros morses. Le batteur encadré des deux percussionnistes, hissent le grand mat du rythme, et le capitaine Stephane Merveille, à son habitude, ondule de la tête comme le ressac.
Que dire sinon qu’il est des plus étranges d’entendre une des voix les plus reconnaissable de l’histoire du rock en vrai ? La reprise de Living in the city me donne des frissons le long des avants bras, et je me déhanche comme un crétin sur Sir Duke, au grand dam des sondiers qui m’ont donné l’autorisation de sortir de mon trou pour écouter le concert en façade, moyennant le port d’une veste de costume. Que voulez vous, les richos n’aiment pas les paillots.
Sequence émotion, Stevie reprend Human nature, et la voix de Michael (qui n’est pas mort évidemment, qui est en train de nous filmer depuis l’ile mystérieuse avec Elvis, Hitler et le nain) s’incarne véritablement dans l’harmonica de l’aveugle.
Interméde rigolo durant lequel l’artiste boit une potion magique et redevient le Little Stevie Wonder des débuts. La voix trafiquée à l’hélium il reprend quelques standards de la Motown, pendant qu’une femelle décérébrée à l’acide danse devant un écran bleu (?)
Alors oui, globalement, tout ça à un peu le gout du pudding, avec ce son surpuissant, les lights tape à l’oeil et la ringardise intrinsèque du lieu. Stevie Wonder ferait mieux de plaider pour la destruction du monde plutôt que pour la paix quand on voit le tableau. Mais comment fait on pour ne pas apprécier de la musique quand elle est bien ?

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