Courte courte histoire n°6

 Dans Courtes courtes histoires

Le manoir du docteur Trukenstein (quand il n’ y est pas le soir).

Didier n’aurait jamais du franchir le seuil du manoir du docteur Fickeulstein.

Comme tout les Didier qui franchissent des seuils de manoir, à 00h04 du matin, par une pluie battante, au fin fond de la campagne berrichone, il connu une fin atroce.

Evidemment les raisons qui le poussèrent à se jeter dans la gueule du loup étaient d’un prévisible affligeant. Sa voiture s’etaient noyée piteusement dans une grosse flaque de boue, au milieu de ténèbres plus dense qu’un carambar gelé. Le tout sur le genre de route cabossée et caillouteuse qu’on aurait pu appeler « le chemin vicinal de l’enfer » , si on avait eu l’idée saugrenue de tourner un documentaire sur elle. Bref, un sentier tres moche qui n’avait pas grand chose pour lui , grumeuleux et meuble comme un visage d’adolescent acnéique.

« Merde  ! » s’exlama judicieusement Didier quand il s’aperçut qu’il était effectivement dedans jusqu’au cou. Le moteur gargouilla, toussa, peta, puis eructa un soupir rauque et pathetique. L’espace d’un instant, Didier cru que la machine avait une ame. Il lui sembla meme voir une golf GTI bleue transparente, une petite auréole autour de l’antenne et deux petites ailes duveteuse sur le toit; se dépetrer de la carcasse fumante pour s’envoler en keuf-keufant jusqu’à la grande casse-auto dans le ciel. Mais c’etait probablement une illusion n’est-ce pas ? Générée par la pluie battante qui lattait violement la gueule de Didier, trempé jusqu’aux os, le portable vissé dans la main en guise de lampe torche.

Campagne à perte de vue. Pas plus de reseau qu’en Mongolie septentrionale..

L’averse frappait si fort que chaque goutte hurlait d’horreur en eclatant par terre. Didier, enfoncé dans la gadoue jusqu’au genoux, en etait à se dire qu’il allait devenir sourd en plus de mourir de bronco-pneumonie quand soudain un eclair d’espoir fendit les cieux, révélant à ses yeux embués la silhouette du manoir du docteur Vroupenstein. Il mis sa veste de survetement sur sa tete, pris son courage à deux mains et ses jambes à son cou et pataugea avec la grace d’une otarie cul-de-jatte vers l’inquiétante batisse. Un veil orgue sortit d’on ne sait ou emis un air lugubre pour faire monter le suspens.

Pas franchement indispensable tant il etait evident qu’il allait arriver une couille à Didier dans cette baraque pourrie qui ressemblait plus à un cabanon de peche gothique qu’ a un château hantée provençal. La porte d’entrée s’ouvrit tout seule a son approche, et il s’empressa de s’engouffrer dedans. Didier aurait mieux fait de mater des films d’horreur à deux sous plutot que de depenser ses sousen bière.

Cette nuit la, Le docteur Glockenspiel etait absent. Il etait parti s’eclater à une messe noire organisée par ses voisins les Dubrugnons, laissant (pendant qu’il se faisait casser la rondelle par un démon hardeur) la garde de son petit nid douillet à Barney, monstre en kit de son état.

Croisement improbable entre le teckel, le cactus, et Patrick Sebastien, Barney etait assez incroyablement hideux, ce qui tombait bien. Comme il etait vachement plein de poils, il adorait se balader tout nu dans les couloirs, uniquement vetu d’une paire de converse , en chantant « le petit bonhomme en mousse » (perversion hérité de son patrimoine génétique) sur tout les tons graves de sa grosse voix de basse. C’etait sensément le prototype d’une race de surhommes, surpuissants et surpileux (le docteur avait un sens assez approximatif du beau), que le savant sataniste s’etait mis en tete de bidouiller quelques années auparavant, au saut du lit. Il avait abandonné son projet apres le dejeuner, quand il avait decouvert dans Savant Fou Magazine que créér des races de surhommes tenait du dernier ringard.

Pendant ces paragraphes , Didier s’etait profondement enfoncé dans le manoir, hallucinant sur la déco mi-baroque mi-seventies où des castors empaillés cotoyaient des lava-lamps sur fond de boiseries 16ème (siècles, pas arrondissement) et de boules à facettes.

Barney, qui etait très joueur pour une créature sociopathe, le suivait discretement grace a son pouvoir de caméléon. (en réalité ce n’etait pas vraiment un pouvoir de caméléon, il pouvait juste prendre la couleur de n’importe quel papier peint…Bon ok ,c’etait un peu un pouvoir de caméléon quand meme).

Il sauta sur Didier dans la chambre à coucher du premier et l’attrapa par la tete de sa grosse patasse velue, serrant de toutes ses forces.Le crane de l’intrus produit un bruit de vieux parquet puis explosa tel un oeuf dans un four micro-ondes. La cervelle et les bouts d’occiput giclèrent, son oeil droit sauta a l’elastique, par dessus sa langue qui gigotaient comme un ver epileptique et sa machoire inferieure amortit sa chute sur les converses de Barney, qui ne put s’empecher de se sentir un poil contrarié d’avoir ainsi salit ses chaussures. Il relacha le corps mou et alla se preparer du thé.

Sourire au lèvres et trou de balle en chou fleur, le docteur Elsasylberstein fut absolument ravi de trouver le cadavre de Didier sur sa descente de lit en rentrant. Pour la petite histoire, il se servit de la dépouille pour donner vie à une de ses plus belles invention : l’homme-gaspacho. Faire des monstres, c’etait peut etre ringard, mais il ne crachait pas dans la soupe quand on lui apportait un corps à tripatouiller, faut bien l’admettre.

Barney regarda « des chiffres et des lettres » en buvant son thé au jasmin, qui etait un peu chaud, et trouva meme un mot. (Deux lettres. H.A. Ha. Interj. et subst. masc. Onomatopée qui exprime la surprise, l’enthousiasme ou la douleur. Exemple : « Haaaaaaaaaa ! Un horrible monstre m’a arraché la tete ! »)

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