Chant Vingt-Cinquième

 Dans L'Enfer de Dante

(Résumé : Le huitième cercle de l’enfer, aussi connu sous le nom de Malebolge, est une horreur dans l’horreur : voici dejà plusieurs chants que Dante et Virgile errent à l’intérieur, témoins des pires sévices ! A l’instant où l’histoire reprend, les voici en plein milieu du parc à reptiles le plus glauque de l’univers. Ils viennent de voir quelqu’un se faire mordre, être reduit en cendre, et se recomposer aussitôt. Quels traumatismes impossibles à décrire attendent encore nos deux gai-lurons ?)

 

Quand il a eu fini de parler, le voleur a levé les mains en l’air, et les a mise en prière, tout en criant : « Vas-y Dieu, envoie ! » A partir de là, les serpents n’ont plus cherché à m’attaquer. Un de ceux sur le mec s’est enroulé autour de son cou, comme s’il eut voulu me faire comprendre que maintenant, il ne fallait plus que je l’ouvre, et un autre s’est entortillé autour de ses bras si fort qu’il ne pouvait plus bouger d’un centimètre.

Ahlala, peuchère, ville de Pistoie ! Ça ne va donc jamais arrêter ? Tu veux te réduire toi-même en cendres, vu tous les margoulins qui se relaye de générations en générations chez toi ? Franchement, ce type, dans tous les sombres cercles de l’enfer, j’en ai pas vu un être aussi irrespectueux avec le Boss des boss… Même ce mec de l’antiquité là, Canapé, Capanée, je sais plus (ndt : voir chant quatorzième), il était pas aussi fier à bras. Du reste, il s’est barré vite fait, sans dire un mot de plus. Presque immédiatement aprés, un centaure s’est radiné, super furax.

-Il est où ? Il est où, ce rogntudju de bourricot ?

Soit dit en passant, je ne pense pas qu’en Toscane il y ait autant de ssserpents qu’ici. L’homme-cheval était recouvert de couleuvres, de la croupe au commencement de la figure. Sur ses épaules, derrière la nuque, j’ai vu un keum qui avait l’apparence d’un dragon fumant, ailes grandes déployées.

-Çui-là, le mi-gars mi-rosse, c’est Cacus, gugusse, un vrai p’tit psychopate. Dans sa grotte du mont Aventin, il en a fait des mares de sang, la vérité. Il est pas avec les autres centaures qu’on a vu plus haut. Lui, il a rien trouvé de plus intelligent que de tirer le troupeau de vache d’Hercule, tu sais comment il est… Ce mec à un problème avec les centaures… Bref, Cacus s’est fait aplatir à coup de gourdin par le colosse du peuple, t’as vu ? Il lui a bien mis cent coups sur le pif, Hercule, même si il était déjà mort au bout du dixième… Herc’ a un tantinet exagéré quoi, tout en finesse…

Pendant que Virgile me causait de l’hippophobie du fils de Zeus, le centaure est passé en vitesse. On a été surpris par des voix qui venait d’en dessous de nous : c’était trois esprits qui s’étaient rapprochés sans qu’on fasse attention.

-Vous êtes qui vous ?! ils ont crié.

On a arrêté de parler, et on s’est concentré sur eux. Je ne les connaissais pas, mais comme ça arrive souvent, l’un des fantômes, m’a confondu avec quelqu’un d’autre.

-Cianfa, c’est toi ?

Ca a attiré l’attention du Maître, mais je lui ai fait signe, en collant mon index sur la bouche, du menton jusqu’au nez, qu’il fallait mieux qu’on se taise.

A partir de ce point, ami lecteur, il faut que je clarifie les choses : si tu as du mal à avaler ce que je vais raconter, ce n’est pas étonnant : moi-même, j’ai du mal à y croire, alors que j’étais là pour le voir !

Alors que je les regardais, un serpent à six pattes s’est jeté sur l’un deux, et s’est collé à lui : avec les pattes du milieu, il l’a ceinturé au niveau du ventre, avec celles de devant, il a saisi ses bras, tout en en profitant pour lui planter ses dents dans chaque joue, quant aux pattes arrières, il les a étendu sur les cuisses de sa victime, entre lesquelles il a entortillé sa queue, qui est remontée jusqu’au rein. Même le lierre ne se serre pas autant contre les arbres, comparé à ce que la vilaine bête faisait au bonhomme. C’était tellement collé-serré, qu’au bout d’un moment, on avait l’impression que les deux étaient en cire fondue. Les couleurs de chacun se sont mélangées. On ne savait plus qui était qui, ca faisait comme du papier exposé à une flamme : il passe par une teinte brunâtre, pas encore noircit, mais plus blanc pour autant. Les deux autres ombres mataient leur copain.

-Oula, Agnel, t’es en train de changer un max ! Tu es un et deux à la fois !

Les deux têtes ont fusionné en une seule, où apparaissait le visage des deux protagonistes, avant de se perdre l’un dans l’autre. Les bras se sont divisés en quatre, les jambes, les cuisses, le ventre et le buste se sont changé en membres inédits. Le pauvre pélos ne ressemblait plus à rien, la forme transmutée était celle des deux et celle d’aucun à la fois, et l’infâme tas de chair avançait à pas lents, comme un zombie bizarre.

Pendant ce temps, un petit serpentounet, pâle et sombre à la fois, comme un grain de poivre, s’est élancé vers le ventre des deux âmes encore indemnes, à la vitesse d’un lézard qui file entre les haies, un jour de grand cagnard. Il en a piqué un au nombril, puis est tombé par terre. Le piqué l’a regardé sans rien dire, mais ses jambes sont devenues raides, il s’est mis à bailler comme s’il était abattu de sommeil ou de fièvre, genre. Il a zieuté le serpent, et le serpent l’a zieuté : l’un fumait par sa plaie, l’autre par sa bouche, puis les fumées se sont rencontrées. Arf. Les anciens poètes peuvent raconter ce qu’ils veulent, et Ovide peut faire le malin, avec ses métamorphoses, franchement, qu’ils se taisent, ils font pas le poids. Ici, c’était le sommet de l’hallucinatoire ! Du jamais, jamais, vu. Les deux formes se sont mélangées à toute vitesse, elles ont fini par se correspondre tellement, que la queue du serpent s’est fendue, et que les pieds du maudit se sont réunis. Les jambes et les cuisses se sont collées l’une à l’autre jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de traces de jointures. La queue prenait la forme en train de disparaitre. La peau du serpent s’est amollie, celle du pécheur s’est durcie. J’ai vu les bras rentrer sous les aisselles, les nouveaux pieds de la bête se sont allongés au fur et à mesure que ceux de son hôte raccourcissaient. Ensuite, tout tordus et emmêlés, les pieds du reptile se sont transformés en teub, tandis que la teub du malheureux se changeait en pieds ! La fumée les a teint d’une nouvelle couleur. Celui-là s’est recouvert de poils, celui-ci s’est fait épilé en règle. L’un s’est levé, l’autre est tombé, sans détourner ses yeux perdus au milieu du visage amalgamé. Le museau du boa a fondu dans les tempes, et le trop plein de matière a fait sortir des oreilles au niveau des joues. Idem, un nez a émergé sur la surface de la face, et des lèvres ont commencé a apparaitre, comme botoxées depuis l’intérieur. L’humain, lui, a vu un museau lui pousser, et ses oreilles disparaitre, un peu à la façon des cornes d’un escargot quand on les touche. La langue qui lui servait autrefois à parler, s’est divisée, celle de l’ophidien s’est recollée, et a cessé de fumer. L’âme maudite, transformée, s’est enfuie en sifflant dans la vallée, le serpent diabolique, quant à lui, s’est mis à parler en crachant.

-Bien ffffait pour toi, Buosssso (c’était le nom du transformé), va donc glisssser par cccce ssssentier, ssss.

Voilà, c’est ce que j’ai vu dans la septième bolge. Je vous prie de m’excuser, si ma plume vous a paru un peu embrouilée, c’est dur à décrire, une chose pareille…

Cette vision m’a rendu confus et étonné, mais j’ai quand même reconnu l’un des trois damnés, qui s’enfuyaient : Puccio Sciancato, bandit célèbre. C’était le seul à ne pas être transformé. Le petit serpent qui avait piqué Buoso au ventre, c’était messire Guercio Cacalcante, dont la mort avait fait pleurer tout le village de Gravillé, à l’époque…

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