Feuilleton à l’arrache 221 épisode 10

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(Résumé : la descente de police pendant le débarquement des cuys s’est transformée en bain de sang spectaculaire, et surtout en échec complet pour les forces de l’ordre. L’inspecteur Fergusson décide de soigner sa déprime par homéopathie.) 

 

-Saloperie de rongeurs démoniaques du Pérou à la sauce béarnaise de mes fesses ! éructa Fergusson, avant de s’aplatir le front contre le zinc, en pleurant à chaudes larmes.

-Allons,allons, répondit le barman machinalement, plus concentré sur le nettoyage de son verre que sur la masse de viande sanglotante qui faisait rouiller son comptoir.

-Pauvre flic, pauvre couillon de flic, quel fiasco, quel raté… Se marmonnait l’inspecteur à lui même, comme le triste ivrogne qu’il était.

-Et ben mon gars, t’es pas jouaille ? Lui dit le type d’à coté. Un petit vieux édenté. Peau tannée par on ne sait quel soleil d’on ne sait quel désert ou d’on ne sait quel océan. Son visage basané contrastait avec la blancheur des poils hirsutes qui le recouvraient. Les sillons du temps avaient creusé leurs myriades de rides en profondeur.

-Vous êtes un authentique cliché de loup de …

-Terre, oui, je suis un loup de terre. Chauffeur de bus pendant soixante quatorze ans, répondit le schnock non sans fierté.

-Et bien monsieur le loup de terre, oui, je ne suis pas jouaille, pas jouaille du tout, je suis responsable de la pantalonnade policière du siècle, quatre vingt dix huit pour cent de mon escouade est morte la tête éclatée par des cochons d’indes hallucinogènes de contrebande, tous les malfrats courent dans la nature, et un type aux super-pouvoirs apocalyptiques s’amuse avec nous comme un gosse avec son jouet. Je suis la risée des journalistes, de mes supérieurs et de mes collègues, ma femme et mes gosses, je les vois tellement peu que le petit dernier m’appelle « monsieur », au pieu, je ne vaux  plus un clou, les ressorts du matelas couinent plus que mon épouse, j’ai de l’eczéma purulent sur les parties honteuses, des oignons plein les pieds à faire baver d’envie un maraîcher, ce maudit costume d’ancre est resté coincé, j’arrive plus à l’enlever, ma vie est un échec, alors non je suis pas jouailleuheuheueheueheuhh…sob…snurfl…shnirkl… s’effondra le policier.

-Ah, c’est pour ça que z’avez un drôle d’aspect, c’est un costume.

-Ouiiii, je suis ridicuuuuuhhuhuhlle… snirrrrfl.

-Allons, allons…

-Ouep c’barman autiste à raison, terraillon. C’est des cuys qui t’ont fait toutes ces misères ? Laisse moi t’raconter une histoire.

-J’en ai marre de ces histoires de cuys, c’est dégoûtant.

-As-tu entendu parler de Don Cuychotte de la Mor Breizh ?

-Non, c’est qui soui la, snifrll ?

-Aaah… Laisse moi te narrer ça, mon flicouillon, ça va t’remonter l’moral pour sur. Don Cuychotte était un vieux breton basque corse qui s’était léché les cuys toute sa vie. A la fin, il a fini par se prendre pour un chevalier, mais ça tombait bien, c’était les derniers instants du moyen-age. Il s’est bricolé une armurasse avec des seaux percés, des passoires, et des couvercles de marmites, et pis, il est parti sur les chemins avec Pancho Sanca, son fidèle amant sourd muet d’la bouche et d’l’oreille droite. Le Don s’était mis en tête d’debarrasser la terre des cuys, vu qu’à cause d’eux c’était resté un gros nullos de flemmard, alors il leur en voulait à mort. Il était vach’ment ingénieux, enfin, il avait plein d’idées, par forcément très bonnes, mais des idées. C’est mieux que rien. Il a chopé un max de cuys, fourré ça dans un moulin, ras la gueule, ensuite il l’a bourré d’dynamite et blam ! Le machin a décollé haut, haut, haut ! Résultat, des cuys volants, en orbite , éparpillés aux quat’coins du globe, où ils ont pu sévir encore plus. Des fois, vaut mieux laisser faire.

-Laisser faire la fin du monde ? Mais vous êtes dingo !

-Meuh non, la morale, c’est qu’il faut un peu de tout pour faire un monde. Et même si la terre est ronde, on ne se ressemble pas, tu vois ? Toi, tu dois toujours te rappeler de Don Cuychotte. T’as une tête de vainqueur, pas comme ce naze, t’as pigé ? Redresse toi, sauve le monde, tu pourras jamais faire pire que lui.

-Euhh… Merci. Vraiment merci. Votre histoire m’a requinqué.

-A la bonne heure.

-En fait, j’ai une patate d’un coup ! J’ai envie de botter des tas de cuys ! Yargla ! Soyez béni m’sieur ! Allez hop j’y retourne tout de suite ! Tenez barman, gardez la monnaie.

-Allons, allons…

(à suivre)

 

 

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