Chant Quatrième

 Dans L'Enfer de Dante

(Résumé : Dante et Virgile sont entrés dans les enfers, et la véritable aventure commence ! L’endroit est effrayant, surpeuplé d’âmes en transit. Notre héros rencontre Charon, le nocher, mais sitôt embarqué sur le rafiot, il a un malaise et s’évanouit. Que va t’il arriver à nos deux chouchous ?)

Un horrible coup de tonnerre m’a sorti du coma, me réveillant en sursaut. Bizarrement, je me suis senti reposé. J’ai regardé tout autour de moi, le paysage avait changé. Et pour cause, je me trouvais au bord d’un abime de douleur, carrément. Le tonnerre, c’était les hurlements infinis provenant de ce gouffre ! Glups ! Il était si obscur, si profond, si sombre… Impossible d’en voir le fond…

-Maintenant, on descend vers le monde ténébreux, dit le Pâle Poète. Je passe devant. Tu passes derrière.

C’est vrai qu’il était pâle.

-Je… J’ose pas. Même vous, vous avez l’air effrayé, alors que d’habitude, vous me soutenez toujours.
-Ce n’est pas de la peur, c’est de la pitié, fils. J’imprime leur angoisse sur mon visage. Bon, assez discuté, on y va.

Et c’est ainsi qu’on est entré dans le premier cercle qui faisait le tour de l’abime.
Ici, c’était moins bruyant. Pas de gémissements, seulement des soupirs transportés par les courants d’air. Mais ce n’étaient pas des soupirs dus à la souffrance. Non. Juste des soupirs de tristesses, émis par une troupe gigantesque d’enfants, de femmes, et d’hommes.

-Tu ne demandes pas pourquoi ils sont là, ceux-là̀ ? Attends, c’est important que tu saches. Ces gens que tu vois n’ont commis aucun péché, certains même étaient bons. Mais pas de bol, ils sont né avant le christianisme. Du coup, ils n’ont pas été baptisé, et sans baptême, pas de ticket d’entrée. Pareil pour moi. Comme ce n’est pas de notre faute, on est parqué ici, sans torture, mais sans espoir non plus, t’as vu ?

La baffe que j’ai pris là. Waouh. Ça me crevait le cœur de voir certains personnages illustres, coincés dans ce trou tristounet.

-Maitre, Maitre, dites-moi… Il y en a jamais aucun qui a pu sortir d’ici pour être heureux ensuite, même si il a été très très bon, ou un autre pour lui ? Jamais, jamais ?

Virgile prit un peu de temps avant de répondre.

-Tu sais, guapo, au tout début de mon séjour en ce lieu, a débarqué un jour un Puissant, genre super swag balèze imbattable. Après ce gars, il est arrivé Adam, puis son fils Abel, etc. puis la descendance de Noé, puis celle de Moïse, l’obéissant législateur, puis le patriarche Abraham, le roi David, et la suite, Israël, Rachel, tout ça, tout ça, enfin, tu captes le mouvement… Bref, tous ceux après ce mec ont eu droit à l’autre monde meilleur. T’as compris ? Avant, on était pas sauvé. C’est comme ça.

On marchait tout en parlant dans la forêt, sans que je me rende compte que la forêt, c’en était pas une, c’était les millions d’esprits autour de nous. Ca ne faisait que quelques minutes qu’on progressait, quand j’ai vu un truc incroyable : un hémisphère de ténèbres cerné de lumière. Un demi-soleil noir. On était suffisamment près pour voir que dedans, c’était plein de gens fameux.

-Pourquoi ont-ils droit à un régime de faveur, eux, cher Orgueil des Sciences et des Arts ?
-Ils ont tellement de gloire dans le monde des vivants, que dans le ciel ils ont droit à cette petite compensation.
-Honneur au grand Poète ! Honneur au grand Poète ! L’ombre qui était partie est revenue ! a dit soudain une voix.

Quatre grandes ombres se sont ramenées. Elles n’avaient l’air ni tristes, ni joyeuses.

-Tu vois celui qui marche devant ? Dit le bon Virgile. La grosse épée et l’air de seigneur ? C’est Homère, le poète en chef. Derrière, c’est Horace, le satirique, ensuite Ovide, et finalement Lucain. Je fais partie du club, moi aussi, d’où la voix qui m’a appelé́ grand Poète. C’est stylé, non ?

Devant moi, il y avait donc la fine fleur de la poésie, celle qu’on appelle chant élevé, parce qu’ intellectuellement, elle vole encore plus haut que les aigles. Ils ont papoté un peu entre eux, puis ils se sont tournés vers moi, en me saluant. Mon Maître était content.
Comble de l’honneur, ils m’ont accepté dans leurs rangs ! J’étais désormais le sixième membre de cette dream-team. Ensuite, on est allé jusqu’au demi-soleil, en parlant de choses et d’autres, mais toutes sans importance. On est arrivé au pied d’un superbe château, enserré dans sept hautes murailles, et entouré d’un joli cours d’eau, qu’on a traversé sans problèmes. Avec les pros de la rime, on est passé par sept portes successives, et on a débouché sur une grande prairie verte. Il y avait plein de gens graves et lents, à l’air sérieux, qui en imposait tous par leur apparence : ils parlaient peu, d’une voix calme. On s’est un peu mis à l’écart, dans un coin en hauteur, lumineux, de façon à bien observer le panorama. Ohlala, comment c’était délirant! Là, devant moi, sur ce magnifique gazon brillant comme de l’émail, il y avait tous les grands esprits, la crème de la crème ! J’ai vu Electre, avec à coté Hector, Enée, et César aussi, avec ses yeux de faucon. A l’autre extrémisté du paysage, il y avait aussi Camille, la reine guerrière et Penthésilée, la reine des amazones. J’ai vu le roi Latinus, avec sa fille Lavinia, sur des chaises longues. Wouah, la liste est trop longue : le Brutus qui avait fichu dehors le vilain Tarquin le Superbe, Lucrèce, le mec de De Natura Rerum, Julia, la fille de César, Marzia; la femme à Caton, Cornelia, la fille du célèbre Scipion l’Africain… Seul dans un coin, il y avait Saladin.
En levant les yeux, là, tenez-vous bien, j’ai vu ni plus ni moins que l’Idole des penseurs, le seul et unique Aristote, oui madame, assis au milieu de tout la famille des philosophes : Socrate et Platon, tout près de lui, Démocrite, le père de la science moderne, Diogène, Anaxagore, Thalès, Empédocle, Héraclite, Zénor… Wouah ! Il y avait, le super botaniste Dioscoride, et aussi Orphée, Tullius et Livius. Sénèque le schtroumpf à lunettes, Euclide, le géomètre, Ptolémée l’astronome, Hippocrate, Evicenne, Gallien, Averroès, celui du Grand Commentaire. Ouf, j’en perds le souffle tellement il y en avait, je ne me rappelle plus de tous. Et puis, il faut que je continue l’histoire…

Donc après, Virgile et moi, on a laissé  les quatre autres. Il m’a emmené loin de ce bel endroit. L’air qui était tranquille ici, est redevenu frémissant, et on s’est retrouvé dans le noir…

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