Chant Cinquième

 Dans L'Enfer de Dante

(Resumé : Dante et son maître spirituel, Virgile, se baladent en enfer, pour aller retrouver Béatrice, la copine du premier. Après avoir visité les Limbes, le terrain vague de ceux nés avant le christianisme, les voila qui descendent d’un étages. Que vont découvrir nos deux compères ?)

 

C’est comme ça que je suis passé du premier cercle au second, qui est plus resserré. Plus insupportable, aussi. Il y a des pointes acérées sur les murs, on peut pas bouger sans se faire mal.
C’est ici que se tient le tribunal de Minos. Lui, c’est un juge effrayant qui grince des dents. Son job, juger, et indiquer la destination finale aux fraichement trépassés. Un boulot prestigieux.
Pour être plus précis, quand c’est au tour d’une âme mal née de passer, elle confesse tout. Lui juge suivant les péchés à quel endroit elle doit se rendre. Il s’entoure de sa queue (n’oublions pas qu’il est monstrueux) autant de fois qu’elle (l’âme) doit descendre de degrés. Simple, rapide, et efficace.
Evidemment, il y a toujours des tonnes de monde devant lui. Un par un, chacun se fait juger. L’âme parle, écoute la sentence, puis on l’envoie bouler en bas, voila.
Il a fini par m’apercevoir, et s’est arrêté net.

-Hé, toi, dit-il, fais gaffe, ho. T’as vu ou tu es, t’as pas remarqué l’entrée géante dehors ?
-Hola, calmos, est intervenu mon Guide, ne l’empêche pas de passer, c’est prévu, il a le droit, c’est tout.

Pendant qu’ils causaient, j’ai commencé à entendre des plaintes, et puis carrément des pleurs.

Histoire de décrire mieux l’endroit, on peut dire que j’étais dans un lieu interdit à la lumière. On y voyait pas grand chose, et on en imaginait beaucoup. Ca mugissait comme un ouragan là-dedans, avec les vents contraires qui claquent sur les vagues, splash ! Une sorte de tsunami infernal qui ne s’arretait jamais, emportait les esprits dans son écume et les faisait rouler, tournebouler, chambouler, bousculer, froisser, casser, jusqu’à ce qu’ils soient meurtrit comme des steaks hachés. Quand ils arrivaient au bord du gouffre, là, c’était le concert des lamentations et des blasphèmes enragés. J’ai pigé que c’était la punition réservée à ceux qui ont été perdu par l’amour, ceux qui réfléchissent seulement avec ce qu’ils ou elles ont entre les jambes quand ça devient trop moite, enfin, euh, ceux qui ont cédé face à la tension sexuelle, quoi. À voir, on dirait un vol d’étourneaux en hiver, quand ils se déplacent en larges bandes pour migrer. Mais là, les esprits ne peuvent jamais se poser, se reposer. Et c’est ainsi que, comme des grues qui volent à la queue leu-leu, je voyais ces ombres me passer devant à toute vitesse, hurlantes à plein poumons dans ce tourbillon infernal.

-Maitre, qu’ont fait ces âmes là ?
-Ben, par exemple, celle que tu me montres, c’était la reine des chaudasses. Semiramis, femme et successeur de Ninus, maître du Soudan. Elle aimait des trucs tellement crades, fils, qu’elle à du les rendres légaux, pour pouvoir continuer à les faire la conscience tranquille. Celle après, c’est Didon, la reine de Carthage. Elle a fricoté avec Enée, mais le problème, c’est qu’elle était mariée. Bon, le mari était mort, mais ça reste un adultère, de nos jours… Et puis elle c’est suicidé par amour, t t t. Ensuite, je ne te présente pas Cléopatre, tu connais.

J’ai vu Helène de Troie, qui à cause d’une amourette d’ado, à causé une guerre sanglante, le surpuissant Achille tué à cause de l’amour. J’ai vu Pâris, Tristan, et mille autres ombres que Virgile me présentait du doigt, toutes victimes de l’amour. Pendant que mon maitre me parlait de ces femmes antiques et de ces cavaliers, je me suis senti agité et très affligé.

-Dites, Maitre, j’aimerais bien parler à ses deux là qui flottent. Ils ont défrayé la chronique à l’époque, je m’en souviens, c’est de la famille lointaine. Un fait divers crapoteux, un double meurtre. Un fratricide et un homicide. Elle s’appelait Francesca, et elle est tombée amoureuse de Paul, son beau-frère. Lanciotto, le mari, a pété un cable et buté les deux d’un coup !
-Purée ! Dans ce cas, attend un peu qu’ils se rapprochent, ensuite, dis leur de venir « par cet amour qui les emporte », tu vas voir, ils viendront.

Dès que le vent les a amené vers nous, j’ai dit d’une voix sonore :

-Hé les deux âmes en peine ! Oui vous, par l’amour qui vous emporte, venez nous parler… Euh…Si c’est permis !

Ça a marché. Comme deux colombes domestiques que l’on siffle et qui filent au nid, ils sont venus vers nous en voletant au milieu de la tempête, flapi flap, attirés par ma formule.

-Salut à toi, qui est assez sympa pour venir nous voir dans cette obscurité pourrie, nous, les saignés à blanc. Si on avait la côte auprès du Grand Manitou, on lui demanderait de te bénir, rien que pour t’être déplacé ! Ah, chouette, le vent se calme , profitons en pour parler. Nous, on venait du côté de Gènes, là où le Po plonge dans la mer. On était jeune, on était fou. Il était beau, moi j’étais l’épouse de son frère. Je pensais que la pire des tortures, c’ était l’amour qui empêche l’être aimé de ne pas aimer. C’était avant d’être ici… Maintenant on s’aime toujours autant. Au moins, l’amour nous à conduit à une même mort. Pour l’assassin, c’est à Caïna qu’il a fini : l’enfer des fratricides.

Ça m’a encore plus déprimé qu’au début. Je suis resté la tête basse, jusqu’à ce que le Poète se décide à l’ouvrir.

-Alors, t’en penses quoi ??
-Arf ! Se dire que de si douces pensées et qu’un si ardent désir mène dans ce puit de douleur, j’avoue, ça me chamboule. Je suis tellement triste pour toi, Francesca, j’ai envie de pleurer. Il y a juste un truc qui me chiffonne : comment d’une amourette êtes-vous passé à la fornication frénétique ?
-Tu me fais repenser à des jours heureux que je ne peux plus revivre, et ça, ça fait mal. Ton Maître en sait quelque chose, mais bon. Puisque tu veux savoir… Un jour, nous lisions un roman de chevalerie. Il parlait de l’amour caché de Lancelot pour Guenievre, comment il était fou d’elle. Nous étions seul. À ce moment-là, nos regards se sont croisés. On a pâli. Cette histoire nous émoustillait. Quand on est arrivé à la scène du baiser, on a perdu la tête, et nos lèvres ses sont rencontrées. On arrêté de lire, à partir de là…

Mais pendant qu’elle parlait, l’esprit de son compagnon pleurait tellement que, je…Je ne sais pas, j’avais si pitié pour eux que j’en ai tourné de l’œil, et je suis de nouveau tombé dans les vapes.

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