Texte à l’arrache 92

 Dans Corgi Foncier, Textes à l'arrache

Ce qui devait arriver arriva : le succès du corgi foncier fut planétaire. Partout, des chiens jaunes courts sur pattes suivaient leur propriétaires, en chiant des pièces et des billets sur les trottoirs du monde entier. D’Anchorage à New Delhi, De Buenos Aires à Saint Pourçain sur Sioule, chacun en avait un. Les campagnes de publicités sublimino-pornographiques intensives, les offres promotionnelles, les films , les jeux vidéos, les bandes dessinées, les peluches, les portes clés, les boules de pétanque, de geisha, et autres gadgets divers, avaient été déversés à grands seaux sur la conscience collective. On parlait corgi foncier, on pensait corgi foncier, on rêvait corgi foncier. Corgi foncier. Qu’est ce que tu veux pour Noël ? Un corgi foncier. Que pourrait on bien offrir à belle-maman ? Un corgi foncier. Pour l’enterrement du petit ?Corgi foncier, foncier, foncier, foncier. Les commerciaux en furent pour leur argent : on s’était vite rendu compte qu’il suffisait d’en laisser copuler deux, pour en avoir plusieurs gratuits. Le principe de base était de mettre du pognon dedans, en passant par le devant (ou le derrière) du clebs, afin d’obtenir petites coupures et monnaie. Mais l’animal se déréglait vite, et se mettait a déféquer plus que la valeur initiale. A cause du canidé, l’argent perdit toute valeur. Une économie parallèle commença d’éclore. La crasse entre les doigts de pieds devint la nouvelle richesse. Autrefois, la civilisation Occidentale écrasait le monde sous ses tentacules. Il n’en était plus rien. Son système capitaliste, hérité du XIXème siècle,avait enflé jusque au point de rupture, et son gros ventre avait explosé. Les possédants n’avaient plus que leurs yeux pour pleurer leurs larmes de sel : leur fin prenait la forme d’ un clébard tubulaire. La société telle que nous la connaissions s’effondra.Internet ne marchait plus, il fallait écrire avec un stylo sur une feuille de papier, puis l’envoyer par courrier pour espérer communiquer sur de longues distances. Les gens ne savait plus ce qui se passait à Los Angeles. Sales et puants, il organisaient de grands pique-niques, accompagnés de leurs toutous baveux, régressant à l’état d’agriculteurs antiques, ou de bergers . L’atavisme du chien réactivait sa fonction primaire, le gardiennage des boeufs. La vie redevint simple, les peuples se rapprochèrent, se prirent par la main. Les vieux aimaient les jeunes, les jeunes aimaient les vieux, et les deux aimaient ceux du milieu, les aimant en retour. L’Amour, d’ailleurs, n’avaient plus de règle, ni de frontière. Plus personne ne vivait dans le besoin. La natalité se régula, on redécouvrit les arts et les sciences du passé, qu’on entretint sagement, comme de beaux arbres vénérables, sur lesquels on greffait des boutures nouvelles, qui ne les abîmaient pas, mais au contraire, devenaient de grosse branches solides, de la même écorce que les troncs d’origine. Le Bonheur. Tout ça, grâce à un corgi foncier… Un tout petit chien… tout mignon… stylisé… pratique… économique… AAAAH, MAIS FONCEZ L’ACHETER, BORDEL ! ÇA NE VOUS SUFFIT PAS ? LE CORGI FONCIER ! SAUVEZ VOS ÂMES !!! CORGI FONCIER !!!! GRRRRR !!!!
(Voir conditions d’achat en magasin. Disponible en jaune, rouge, vert ou violet, version poil court, ras, longs, dreadlocké, afro, gothique, suivant la quantité en stock. Publicité non contractuelle. Peut ne pas être capable de sauver le monde. Peut sentir mauvais. Possibilité de payer en quatre cent cinquante fois, avec le micro crédit à taux insensé pour produits superflus.)

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