Journal de Skeletor

 Dans Skeletor confiné

« le 34 biloutz 4754.

Cher journal,

L’averse s’est arrêtée, les oiseaux chantent à nouveau. La pluie a nettoyé la rue. Tant mieux, les bouses de Panthor ont dû fondre. J’ai vu un film rigolo, Re-animator 3, c’était bien, le méchant réussi à s’échapper à la fin, et tout les autres meurent. j’aime bien quand le méchant gagne. Il y a aussi un rat mort-vivant qui se bat contre un zizi-zombie, trop marrant. Par contre, on ne sait pas qui gagne. J’espère que c’est le rat karatéka, j’aime bien les muridés bridés.
Ai fini de lire « Un héros de notre temps » de Lermontov. Enfin, je l’ai écouté en livre-audio, je n’ai que des bandes dessinées dans ma bibliothèque. C’est un bon bouquin, malgré le lecteur, qui avait la même voix que Droopy, mais il en faut plus pour contrecarrer les desseins de Skeletor ! Dans cette histoire, le personnage principal n’en a rien a fiche de rien. Il aurait gagné à être plus vilain, mais j’ai trouvé ça pas mal, je me suis senti un peu comme lui, mais en moins cool.
Ahlala cher journal, à part ça, je dois t’avouer que c’est la déprime. Déjà, l’ambiance. À la télé, quand ce ne sont pas des chanteur ignobles qui se filment chez eux en train de bêler, un reportage sur le virus à Poh-Lentah, où le quarante-cinq millième épisode d’Amour, Poire et Potée, ce sont les journalistes qui comptent le nombre de morts comme on compte les moutons, un, trois, deux, quatre, cinq… Tous les jours. Au lieu que ce soit des ovins qui sautent une barrière, ce sont des eterniens qui sautent dans un trou. On a dépassé les vingt milles trépassés, super, mais ça fait longtemps qu’on s’est endormi. Des chiffres, encore des chiffres, ça me donne la migraine, j’ai horreur des mathématiques. Et puis c’est pas juste, est-ce qu’on compte le nombre de morts que je fais ? J’ai carrément plus de style moi, je suis un artiste, moi. Tu sais combien d’heures de travail il faut pour ouvrir un paysan en deux avec les mains ? Plein. Il en faut plein. Et mooossieur le Virus, il sait faire ça lui ? Non. Même pas. Les eterniens n’ont aucun goût ! Ils ne me méritent pas !
Et voilà, je m’emporte. Excuse-moi, cher Journal, tu le sais, d’habitude je suis plutôt jovial et primesautier. En ce moment, c’est pas drôle, ça me rend irritable. Je me sens con confiné. Une fois sur deux quand je sors, je me fais pointer par les soldats du Prince Adam, et je me prends une amende. Panthor tourne en rond à la maison, elle perd ses poils, maintenant c’est envahi de crottes en fourrure chez moi, c’est répugnant. Je passe ma vie à passer l’aspirateur. Au moins, quand j’aspire, je n’entends pas la musique que ces affreux mortels passent à fond la caisse des que vingt heures sonne au clocher de l’église du Raptor Christ Cosmoplanetaire. Je te jure, la prochaine fois que j’entends « Fritas les Bananas », je fais sauter le quartier. Les autres collègues de boulot se tirlipotent le penne rigate, il n’y a que moi qui travaille, Démonia sort avec cette tronche d’oursin de Poitos, Dentor a une rage de dents, et cet imbécile hirsute de Monstre passe son temps à m’inonder de jeux du genre, « une photo, un charnier » et de gifs idiots sur rattsapp, je n’en peux plus des hamsters qui explosent. Même cette andouille de Musclor me manque. C’est un couillon, mais au moins, il sait se battre.
Cher journal, je suis désemparé. Parfois, j’ai l’impression que personne ne m’aime. Depuis que le bruit court que je transmets le virus, c’est encore pire. Mais je me vengerai, par Benoit Amon-Gorloth, je me vengerai ! Je les déteste tous, je vais leur en faire bouffer du compost, à ces vers de terre !
Tiens, les oiseaux ne chantent plus, il doit pleuvoir encore. Je te laisse, cher journal, il faut que j’aille compter les gouttes. Qu’est-ce que je m’ennuie ! »

Pauvre Skeletor.

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