Courte courte histoire n°1

 Dans Courtes courtes histoires

Bonjour c’est la Mort.

Je suis tranquille à la maison à regarder un film de zombie débile. 17 heures et des brouettes à ma tocante. La sonnette dingelingue. Ça doit être elle. Ou lui. Ou on. Je ne sais pas trop. Je l’entends qui suffoque dans les escaliers. On gratouille la porte. J’ouvre.

« Pouf, pouf… Bonjour…pouf.. C’est la Mort » dit la mort en se tenant la cage thoracique d’une main.

«Hey salut ! Entre donc » je dis en lui slappant le métacarpe.

Il accroche sa faux au portemanteaux et va s’affaler dans le canapé. (Je dis « il ». Je n’ai jamais vraiment su de quel sexe il était. Comme il n’y a rien de plus impersonnel qu’un mâle j’utilise ce pronom. On dit bien « un caillou », et les cailloux n’ont pas d’appareil reproducteur. Rah !Arrêtez de m’emmerder. C’est plus pratique que « On », non ?)

« Tu veux une binouze ? »

Il me fait oui de la capuche.

La Mort est pratique. Il ressemble à ce à quoi on s’attend qu’il ressemble. Comme je n’ai pas beaucoup d’imagination, qui reprend son souffle dans ma banquette est un squelette recouvert d’un linceul noir . Il a du mal à respirer. Normal quand on a pas de poumons.

Je l’ai rencontré à un concert de Death-Metal. Il a flashé sur mon T-shirt ultra-rare d’Obituary. On est devenu bons potes, et depuis il vient régulièrement à la casbah quand il a fini sa journée. En général il squatte mes bières et se plaint. Je lui tends une mousse qu’il décapsule avec l’os de son coude. Je m’étale a coté de lui.

« Alors quoi de neuf ?»

Il me répond en avalant la bière d’un coup. Comment ça se fait qu’elle ne coule pas partout sur le canapé ? Bonne question. Le linceul doit etre super-absorbant.

« J’étais en train de mater Virus Cannibale, tu l’as vu ?

-Ouais…Naze ce film. »

La mort parle évidemment avec une voix d’outre-tombe. Il n’est pas très aimable quand il a passé une sale journée. Je lui demande pourquoi, il me répond à demi-mots. La tournée quotidienne des petits vieux, quelques meurtres, deux-trois attentats, des suicides, un crash d’avion, une coulée de boue, on sent qu’il s’enlise dans la routine.

Je coupe le film et on joue à la console a travers un voile de tabac. Ça le déride un peu. Il n’aime pas trop les jeux d’action où il faut flinguer à tire-larigot, il préfère les jeux de courses en kart et ceux de réflexion. Tous ces jeux de guerre, ça lui rappelle le boulot. Il trouve ça pas réaliste. « Quand tu meurs tu meurs » dit-il souvent d’un ton condescendant en regardant de haut les boites de softwares pour kékés kakis.

Vers 19h il pose la manette et me dit timidement.

« Euh mec, je peux te demander un service ? »

J’opine en regardant mon kart tomber d’un ravin.

« J’ai pas rempli mon quota aujourd’hui. Il me manque un Raide. Je vais me faire engueuler mais j’avais la flemme. Tu veux pas que je t’emmène ? »

Je le regarde de traviole.

« De quoi ? Tu veux m’emporter ? Tu veux que je t’aide à masquer ton incompétence ? Ça va pas le crâne ou quoi ? »

« Non non allez steuplaît quoi ? » dit-il en agitant ses mains squelettiques « Promis on y va, on te pointe à la machine et après je te redescend. On utilisera un faux nom. Même, si ça te branche je te fais un peu visiter le bureau ».

Mouais bon. J’ai rien à faire ce soir. J’ai rien à faire demain, un peu comme hier. Mon téléphone est resté calme tout le jour et le jour d’avant et le jour d’avant depuis je sais plus trop. Il y a rien d’intéressant à la télé. J’ai lu tous les bouquins dans la baraque et j’ai plus de cigarettes.

« ok d’ac, pour cette fois » je fais.

La Mort me prend par la main, et on se barre par la fenêtre.

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