Texte à l’arrache 146

 Dans Textes à l'arrache

Le château, enfin, le donjon, ou plutôt, la tour… non. La… construction que j’habitais, était un long tube de moellons, garni de fenestrons, accroché à une saillie rocheuse, elle-même suspendue au dessus du vide. De ma vertigineuse position, il était impossible de voir la base, où la cime de la montagne. D’épais nuages noirs, chargés d’éclairs, résidaient en permanence au dessus et en dessous de moi.
Je ne sais plus depuis combien de temps je vivais-là. Je sais encore moins comment j’y étais arrivé. Plusieurs pièces étaient garnies de bibliothèques. Des rayons, et des rayons, et des rayons de livres à perte de vue. J’avais du en lire un ou deux… La lecture m’a toujours rasé. Pourtant, je m’ennuyais ferme. Mais je préférais courir en rond dans les couloirs, plutôt que de me plonger dans un de ces machins rasoirs.
Un jour, pendant une de mes déambulations, je suis tombé sur une trappe. Je ne l’avais jamais vu, celle là. Tout en bas de la tour. Pour une fois qu’il y avait quelque chose de nouveau, il ne m’a pas fallu longtemps pour l’ouvrir et descendre l’échelle. Elle menait à un salle vide. Dans la roche, Il y avait une porte, qui donnait sur l’intérieur de la montagne. Je suis arrivé dans une autre pièce, avec cette fois un étroit escalier en spirale qui descendait, descendait, descendait, descendait, descendait, descendait, descendait… Pendant des siècles, j’ai descendu.
Tout en bas, ça débouchait sur un minuscule cagibi, ou il y avait encore une plaque métallique, ronde, à soulever. Là, c’est devenu vraiment bizarre. Par le trou, on voyait le ciel ! Avec précaution, je suis rentré dedans. Atroce sensation . Le haut devint le bas, ma tête tourbillonna jusqu’à me donner envie de vomir. Alors que je croyais être descendu au centre de la terre, je me retrouvais à sa surface !
Je ressortais sur le sol de ce qui semblait être une large avenue bordée de parcs, et d’arbres dont je n’avais jamais vu la forme auparavant. D’énormes synapses se tordaient à son sommet, avec en leurs extrémités des palmes pleines de veines, pulsant lentement d’un bruit de déglutition répugnant. Le seul bâtiment à proximité présentait des proportions absurdes, chthoniennes, incompréhensibles. Un frisson d’angoisse commençait à me saisir, et de même, une curiosité dévorante. Il me fallu un bon moment avant de déceler l’entrée, au sommet d’un escalier biscornu.
Je me déplaçais avec difficulté dans cet endroit sans dessus-dessous, jusqu’à parvenir à ce qui semblait être une salle de bal, enfin, je crois… Une horrible musique en provenait, si disharmonieuse, si étrangère au monde, si attirante, qu’elle me mena jusqu’au danseurs.
Là devant moi, se présentait les créatures les plus hideuses que la conscience puisse concevoir. Ces êtres étaient composés de quatre tentacules, dont deux leur servaient à se mouvoir sur le sol. Tous étaient joints à un tronc, d’une matière indéfinissable, et duquel, entre les deux tentacules supérieurs, dépassait une sphère ô combien terrifiante ! Oh ! Ah ! Hii ! Sur cette boule informe, des aspérités et des trous s’ouvraient et se fermaient, laissant voir l’intérieur glaireux de ces choses. Des borborygmes constituant une sorte de langage s’en échappait, à moins que ce ne fut un hululement ? Je ne sais plus, tant ces modulations étaient insanes. Les entités gigotaient dans la pièce, la majorité suivant les règles d’une chorégraphie fabuleuse qui s’accordait, d’une façon fruste et primitive, à l’abominable mélodie.
C’est en les regardant se dandiner que je remarquais de subtiles différences entre elles : sur leurs sphères, il y avait des crinières de tailles et de couleurs différentes, leurs troncs et tentacules semblaient être enrobés d’un sorte de seconde peau, à la texture filandreuse, qui variait également. De l’observation de cette sarabande aberrante, émergea en moi une révulsion si forte, qu’elle se transforma en épouvante, puis en panique totale. D’abord tétanisé, je ne pu contenir longtemps un cri de terreur. Ma manifestation attira leur attention, la musique et les bruits stoppèrent net.
Il y eu un silence inchronomètrable, pendant lequel nous nous dévisageâmes. Ce qui s’apparentait à de minuscules billes vitreuses dans leurs sphères me visaient intensément, puis, l’une des obscénités ouvrit sa cavité, et un barrissement haut perché s’en échappa. Ce fut le signal du branle-bas de combats.
Plusieurs des créatures tombèrent inanimées sur place, d’autres reprenaient les alertes de la première, en jappant et glapissant de plus belle, un dernier groupe enfin, se réunit, saisissant des ustensiles à portée de tentacule ou à l’intérieur d’elles-mêmes, et me fonça dessus, en poussant des cris affreux.
N’écoutant que mon instinct de survie , je prenais le chemin inverse de celui qui m’avait mené ici, sans demander mon reste. Mon corps se cognait aux murs et ma folie aux parois de mon esprit. Je parvins je ne sais comment à sortir hors de là, mais la horde me suivait de près. A l’extérieur, je fonçais droit vers le trou. Au même moment, venant du fond de l’avenue, ce qui devait leur servir de Sens de l’Histoire, se rajouta à la foule de mes poursuivants, un spectacle de lumières aveuglantes et de gargouillements de bêtes amplifiées. Par bonheur et malgré toute cette fureur, je réussi a rejoindre la trappe. Immédiatement, je reposais le couvercle. Pendant que j’effectuais cette action, ma dernière vision de ce monde étrange fut celle d’un tentacule. Le voir si proche, avec tout ses détails exécrables, me traumatisa une ultime et profonde fois. Jamais je n’oublierais cette effroyable horreur. Le calme le plus plat se fit des que j’eu terminé de reboucher le passage. Je remontais l’escalier, beaucoup plus vite qu’à l’aller, j’escaladais l’échelle, et barricadais la trappe avec le meuble le plus lourd que je pouvais trouver à proximité. Haletant, épuisé, enfin à l’abri, je me laissais aller à la perte de connaissance, au repos.
Je ne sais pas combien de temps j’avais dormi, mais sitôt réveillé, je me mis à fouiller un à un les rayons des bibliothèques , à la recherche d’un livre de zoologie. Ô comme je regrettais de ne pas avoir lu tout ces ouvrages avant. La solution était dedans. J’ai retrouvé les monstres, avec une gravure les représentant, beaucoup moins effrayante (bien que le dessinateur s’était employé à la rendre telle) que leur apparence réelle. La définition disait:
Humain : Ensemble de cellules indifférenciées qui, échappant au contrôle des Anciens, se multiplient indéfiniment, envahissent les univers voisins en les détruisant, et se répandent dans les mondes en métastases. Mal insidieux capable de gangrener un plan astral.
Pfiou, j’avais eu chaud !
(Complètement pompé sur the Outsider, de H.P Lovecraft. Excusez-moi, Maître, je vous en prie, de cette galéjade insolente ! Pour Gina, que j’aime. Le feuilleton à l’arrache reprendra au prochain TàlA, quand on m’aura soigné, je l’espère. Bisous cthullhu le monde, merci pour les gentils messages

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