Texte à l’arrache 219

 Dans Textes à l'arrache

Robert Maudsley nait en 1953, dans une équipe de foot, pardon, dans une fratrie de douze enfants. Le quartier où il met le pied sur terre, Toxteth, périclite déjà depuis des décennies, au rythme des marées de licenciements et d’eau salée qui érodent les quais de Liverpool. Ses entraineurs le transfèrent en vitesse à l’Assitance Publique. Dans la Maison du Nazaréen, orphelinat tenu par des nonnes, il goûte au joies de l’enfance tranquille, jusqu’à ce que ses parents y mettent un terme. Le marmoton de huit ans est arraché de son asile. Sportif précoce, il leur sert de punching-ball. Les services sociaux le sortent de là pour l’orienter vers le trottoir. Durant les années soixante, le voici garçon à louer. Avec les billets collants de sperme épargnés, sauvegarder sa toxicomanie est possible. C’est une période heureuse, il tente de se suicider plusieurs fois. Les docteurs l’écoutent raconter comment on l’a violé, tout petit enfant, comment l’intérieur de sa tête est une foire, pleine de cris qui l’exhortent à essayer la meilleure attraction : l’assassinat de ses parents en quatre dimensions. En 1974, il est resté sur son ancien manège, la prostitution masculine. Un client lui montre fièrement les photos des enfants dont il a abusé. Robert l’étrangle. On l’attrape, on le juge, et on l’enferme à vie à l’hôpital de Broadmoor, clinique pour criminels malsains.
1977. Accompagné d’un frère de psychose, ils s’enferment dans sa cellule avec un troisième larron, pédophile avéré… Neuf heures de torture précéderont la mort du toucheur d’innocents. Cinq cent quarante minutes de fête. Officiellement, Maudsley est nommé équarrisseur, et muté à la prison de Wakefield, endroit détesté, détestable, désespérant. Un après-midi de l’année 1978, sur son invitation, un co-detenu vient le voir dans son cachot. Un salopard qui n’a pas attendu que la mort les sépare pour massacrer son épouse. Robert le bute et le cache sous son lit. Se sentant d’attaque, il invite dans la foulée d’autres camarades, mais ceux-la rechignent à accepter. Dépité, il rode dans l’aile du batiment, finit par en coincer un, l’écrabouille comme le cafard qu’il était, puis se rend dans le bureau du directeur.

« Y aura deux noms de moins au prochain appel. »

1983. Maudsley fait trop peur au monde pour être présentable. Aucun contact avec l’extérieur ne lui est permis. On l’enferme dans une cage en Polyméthacrylate de méthyle, meublée d’une table et d’une chaise en carton. Le lavabo et les toilettes sont boulonnés. Une petite fente sert à faire passer les plats. Le lit est une dalle de tombe.
En 2000, il réclame le droit d’avoir une capsule de cyanure, ou un perroquet. Les deux lui sont refusés. En 2010, ce sont des jeux de société qu’il demande, avec le droits de jouer avec les gardiens. Refusé.

En 2017, Bob Maudsley aura passé quatorze mille deux cents trente cinq jours confiné. Tel un cornichon seul dans son bocal. De quoi rendre aigre. Et croustillant.

 

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