Texte à l’arrache 318

 Dans Textes à l'arrache

*Ding dong*
La vision d’un homme à la barbe en collier se substitua à celle de la porte quand celle-ci s’ouvrit. Une étrange teinte grisatre, ou plutôt, une volute imperceptible, enveloppait tout son aspect de respectable vieillard, dont le regard transparent fixait profondément Vinzo.
-Dobri dien.
-Euh… C’est à quel sujet ?
-Moi prrresenter je, dit le type en posant sa main sur sa poitrine, je êtrrre Alexandre Issaïevitch Soljenitsyne, ecrivain fameux et décédationné, laurrréat nobel prrrix prrrestigissime.
-Diable ! Soljenitsyne, le Soljenitsyne ? C’est un honneur vraiment.
-Puis entrer je ?
Vinzo s’emmêla dans sa réponse, mais sa posture courbée et son bras indiquant le séjour valaient toutes les éloquences. Sans piper mot, le dramaturge pénètra solennellement dans l’appartement.
-Prenez place je vous prie… Ce fauteuil est très confortable.
-Da.
-Désirez-vous une boisson ? Du thé ?
-Niet. Vodka.
-Je… Je vais voir ce que je peux faire.
Quelques instants plus tard, Vinzo revint avec un plateau branlant sur lequel tintaient verres à shot et bouteille de Żubrówka. L’auteur russe y jetta un regard dédaigneux, puis se servit un verre sans cérémonie, pendant que son hôte, intimidé, s’asseyait en face de lui.
-Monsieur… Maître… Que me vaut le plaisir de cette visite… inattendue ?
-Moi pas content êtrrre, ça rrraison venue moi-même ici maison de toi.
-Pas content ? Mais pourquoi ?
-Toi petit perrrsonnage moqueurrr, toi petit bonhomme. Se moquer litterrrature tu. Rrrespect aucun. Moi venirrr ici pour mettre toi au défi, dit Alexandre d’un air sévère.
-Au défi ? bredouilla Vinzo. Quel genre de défi ?
Soljenitsyne marqua une pause, avala d’une traite le contenu de son godet, avant de le jeter loin derrière lui.
-Toi savoirrr moi goulag fairrre quand moi encorrre surrr terrre cette être. Vie goulag trrrès durrre, trrrès méchante, souffrrrançations beaucoup. Avoirrr moi rrrien du tout. Même pas ecrrrire le drrroit avoirrr. Sinon knout surrr la tête , bing ! Je obligé memorrrisation rrroman dans tête perrrsonnelle devoirrr, ensuite moi caché dans coin, ecrrrire livrrre entier surrr petits bouts papiers minuscules. Micrrroscopiquement calligrrraphier lettrrres, mais moi parrrvenir pondrrre chef-d’œuvrrre, Archipel du goulag, da. Donc défi prrroposisationner individu Vinzo parrreil un peu… Si toi écrrrivain serrrieux prrretendrrre, utiliser tu machine à ecrrrirrre, et rrroman entier surrr papier toilette taper dessus toi, maigrrre filou que tu etrrre. Avoirrr jusqu’a rrrevelliationnage noël. Si toi pas fairrre, si prrroduction crrroteuse, nous auteurrrs célèbrrres histoirrre passée rrrevenirrr et botter popotin ton avec forrrtitude.
*bling*
Le verre toucha le parquet et explosa en mille morceaux, comme l’intellect du marseillais. Il lui fallu plusieurs minutes pour déméler les phrases du discours qui venait d’etre prononcé…
-Vous voulez que j’ecrive à la machine un bouquin entier ? Sur du pécu ? Mais c’est impossible !
-Pas savoirrr vouloirrr moi. Tu fairrre ça, sinon, bottage popotin ton rrrudoyationner. Attention, derrièrere perrrsonne toi ! Singe à trois figurrres !
-Un singe à trois têtes ? Où ça ?
Vinzo se retourna pour voir cette chose incroyable, mais il n’y avait pas la moindre trace d’un primate à crânes multiples. Quand il repris sa position, il n’y avait plus de trace du nouvelliste, juste le plateau sur la table, la bouteille de vodka, des eclats de verre sur le tapis, et une forte odeur d’éther…

-Gghrraaaahhhh ! #%}¥$£ !!! Encore raté !

Le front suant, Vinzo arracha la énième feuille de papier hygiénique qui venait de se déchirer sous les frappes de lettres crochues de la remington portative. Une antiquité qui lui avait coûté une fortune. La date fatidique approchait à grand pas, et il n’avait toujours pas réussi à terminer la première page de son roman intitulé « Guère Épais« , la chronique dramatique d’un joueur d’echec ciotadin anorexique. Vinzo leva les yeux aux ciel. Il fit une courte prière pour que cette année, Santa Claus lui apportât une cargaison de sous vêtements tout neufs. Parceque là, avec ce qu’il allait prendre, tous ses vieux slips allaient se désintégrer comme la peau d’un bagnard sous les coups de fouet…

(Doubitchou.)

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