Texte à l’arrache 327

 Dans Textes à l'arrache

On était dans le lit, l’un contre l’autre, à jouer avec nos smartphones. C’était un de ces jeux facebouk stupide. Le thème annonçait : découvrez comment vous allez mourir. Moi, je devais disparaitre en 2013, d’un suicide. Ligeia fit le test, mais m’empêcha de regarder son écran. Elle me regarda simplement en souriant.

A partir de là, j’eu beau la harceler de questions, elle ne me donna jamais de réponses. J’étais angoissé par la mort, et j’appréhendais moi-même la date fatidique que le jeu m’avait donné. Bien sûr, rien n’arriva en 2013. L’année suivante, on me diagnostiqua un lupus. J’étais diminué, mais la vie avec Ligeia résistait aux épreuves. On a prit un petit chien, et ça s’est très bien passé, la bestiole adorable m’aidait même à lutter. De temps en temps, par jeu souvent, au fin fond d’une soirée à la maison, j’évoquais le test fatal. Sans résultat. Le temps passait serein.

Le matin du 31 décembre 2017, avec un sourire de triomphe, Ligeia m’annonça que la malédiction était enfin levée. Je demandais de quoi elle parlait. C’était le fameux test : il lui avait dit qu’elle mourrait en 2017 d’un accident de voiture. Elle me confia qu’elle ne m’avait rien dit à cause de sa phobie des autos, de son passé traumatique. Nous étions tout au bord de l’année, il n’y avait donc plus à s’inquiéter.

J’accueillais la nouvelle avec un certain soulagement, mais n’empêche… J’ai promené le clebs toute la journée. Quand le soir vint, et qu’il ne restait plus qu’une heure avant le compte à rebours final, je descendis pour la dernière balade. Les rues résonnaient des clameurs des fêtards. L’agitation, les lumières, la fureur de la joie, je ne sais pas, quelque chose à fait qu’a peine sorti, je me suis pris les pieds dans la laisse du chien, et je suis tombé méchamment, en me cognant les tibias contre le rebord du trottoir. Je n’avais pas laché la laisse, mais une douleur intolérable me clouait au sol, dans notre rue solitaire. Avec peine, je réussi à me saisir de mon téléphone, et à appeler Ligeia. Affolé et geignant, elle parvint à me calmer, puis me dit qu’elle appelait les secours, qu’elle venait immediatement. Elle me retrouva assis par terre, contre le mur d’une maison, avec le toutou en train de me lécher la pomme… On a attendu un moment que les pompiers arrivent. Quand le véhicule s’est enfin présenté, elle s’est mise au milieu de la chaussée, pour l’aider à manoeuvrer dans l’etroitesse de la rue. Il était précisément 23H59, le 31 décembre 2017, lorsque le camion roula sur le corps de Ligeia, lui cassant net la colonne vertebrale. Elle s’était mise dans l’angle mort du conducteur.

 

(Idée : Gin)

Articles récents

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Me contacter

Je vous recontacterai si je veux !

Non lisible? Changez le texte.