Texte à l’arrache 91

 Dans Textes à l'arrache

Sa Seigneurie passe me voir vendredi, en mon manoir. Après avoir festoyé comme il se doit, de cygnes rôtis et de pintades frites , il me parle d’une bête qui, il en est sûr, ne peut que m’intéresser : l’ Ampelomeryx ginsburgi. Pendant qu’ il retourne à son castel, je me renseigne sur le sujet. Belle bête. Aucun rapport avec Serge Gainsbourg, mais belle bête. C’est un superbe ongulé préhistorique, à mi-chemin entre l’okapi et le daim. Une sorte de prototype de girafe refusé. Splendide. Aussitôt, j’en commande un. Les livreurs posent la caisse dans le hall des armures. Deux valets descellent le panneau de bois sur lequel est inscrit « ouvrir ici ». La bête jaillit comme un diable de sa boite, se mettant à bondir de part et d’autre de la pièce, fracassant, dans un bruit de casserole, les membres de métal assemblés. Horreur ! La bestiole se dérobe dans les couloirs de la bâtisse. Je crie, je hurle, j’appelle tous mes gens, qui partent à sa poursuite en claudiquant (je n’ emploie que des boiteux) et en poussant des cris. Mes dents grincent : Sa Seigneurie m’a bien attrapé. Il ne m’avait pas prévenu du caractère farouche du machin. Quel gros ongulé ! Tant pis, dès qu’il sera pris, je le ferais empailler. Entre l’ornithorynque et l’ éléphant de mer, de mon cabinet de curiosités, il fera un effet du tonnerre… Bizarre, j’ai une furieuse envie d’écouter Melody Nelson.

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