Texte à l’arrache 104

 Dans Textes à l'arrache

Hans n’en pouvait plus. L’oberstrumfürher Durand était insupportable, avec ses ratonnades systématiques. Tout les jours, on allait taper des gens. Même pas des juifs, juste des gens. Les efféminés, les mal coiffés, mal habillés, ceux qui avaient un regard louche de dégénéré… Parfois, entre deux coups de matraque sur une tête, Hans se prenait à s’imaginer en train de discuter avec la personne qu’il frappait. Dans le calme d’un salon, l’intimité d’une discussion posée, peut-être était elle intéressante. Peut-être était elle gentille, courtoise, intelligente, qui sait ? Lui ne savait plus. En 2…, il avait voté pour dire halte au laxisme, mais maintenant, il avait l’impression de s’être fait avoir. Le laxisme de qui, de quoi, en fait ? Ca aussi s’était dissolvé dans la brume de l’oubli général. Maintenant, il pleuvait de la merde en barre, plus que jamais. On était prudent, méfiant, méchant. Oui. C’est la méchanceté qui surtout, avait été encouragée. Tout coutait de l’argent, et qui allait payer ? Hein ? Qui ? A cause de tout ces fainéants, ces étrangers, ces contre-natures, ces trois à la fois. Vilains branleurs basanés qui trainaient dans les rues pendant que Hans trimait à boulonner des calandres, quarante heures payées trente-cinq. Ses souffrances, son amertume, il les avait donné au candidat le plus colérique, car lui aussi était en colère. En colère de n’être pas heureux, en fait. Décharger celle ci sur des cibles désignées, au départ, c’était rigolo, défoulant. Les uniformes étaient classes et bien coupés, le logo, élégant, rétro-design. Rapidement, il s’était rendu compte que rien n’avait changé. Et puis il y avait eu le putsch, la prise de pouvoir arbitraire. Sale temps pour les mouches. Il valait mieux être tapeur que tapé, alors Hans avait signé, pour une vie tranquille. Tant mieux. Apprécié de tous, il vivait simplement, avec les autres gens simples. A regarder le match, un godet à la main. Quelques années plus tard, il était à l’arrière de la fourgonnette noire, prêt à bondir sur les anormaux. En douce, il regarda son smartphone : 22h. Par la fenêtre, il jeta un oeil dehors : le cours était désert. Le concert de musique militaire était terminé depuis une heure. Durand mâchait ses lèvres de berger allemand, prêt à aboyer son ordre au moment critique. Hans détestait cet homme stupide, violent et sans culture, qui, à une autre époque, n’aurait pas mérité pas son grade…
« Section, à l’attaque !» beugla le gradé. La troupe d’assaut sauta hors de l’estafette. Les deux types à la coupe non réglementaire, que l’oberstrumfürher venait de repérer, allaient déguster, oh oui. Peut-être même qu’ils allaient mourir…

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