Texte à l’arrache 110

 Dans Textes à l'arrache

Je jette un poulpe violet à mon chien. Dehors, un pikachu passe avec la maman au bout de la main, un spiderman grimpant sur son cartable. Sur mon téléphone intelligent (on s’insulte souvent), il est possible d’être une licorne cybernétique, armée de lasers arc-en-ciel. Les bonbons tombent du ciel sur Chuck Norris en trois dés. Des gourgandines font des poses de muses pour me vendre leurs bodys. Ma copine Gudule vient d’annoncer en image ce qu’elle a mangé : des acras de morues aux fraises. Je vais chier. Dans les cagouinces, il y a une guitare rose contre le mur, des mementos mori entre deux piles de mad movies. La chasse tiré, les vumètres et les leviers font de la cuisine un sous marin. Le vestibule enverdi de plantes cache des lapins verts, blancs, en carton velouré, en plastique, en plâtre, espions à ma solde pour surveiller le poussin qui dort dans le canapé. Une énorme théière rose sert à arroser le muguet. Salon. Le chien mâche un hippocampe. Une énorme verge remplie de limoncello, espère décharger son fluide sur le buste de Victor Hugo, sur l’étagère du dessus. Le mot ROCK en dessous encadre une Victoire bras levés, ligotée de guirlandes, et gardée de lapereaux . Sortons. Rue des trois frères Barthélemy, une japonaise d’estampe transporte son enfant bleu à la vue des badauds. Elle mesure au moins six mètres, masquant l’immeuble derrière elle, à coté des palmiers. Un punk à barbe molle boit un verre avec un supporter en survet, tandis que sur un panneau publicitaire, une autruche seins à l’air me vante les délices d’un soda d’Algérie. La bête a fait sa crotte, on rentre par la ruelle. Sur le mur, un sexe aborigène gicle ses seringues sur un vagin stylisé, surligné de frises aux motifs de ponchos. Le reste des façades crient leurs slogans gazeux, Lancelot du gland en a gros sur sa patate politique, le fantôme noir espagnol , de colère, enkul lé parkmetre et les hirondelles. Vite, à la maison. Une porte du couloir donne sur la salle de bain. Une baignoire à pattes de lion attends son remplisseur, sous un panneau d’argent aux motifs hiératiques. Je m’affale dans le fauteuil. Le projecteur d’aurores boréales ne marche plus. Au plafond, des pissenlits servent de lustre et de lance-araignées. Le corgi mal empaillé joue avec un paquet de biscuits bretons, où sur un horizon de mer s’imprime un village translucide, près des gâteaux beurrés. Mes yeux sont épuisés, mes oreilles lessivées, mes doigts brulés, ma langue sèche, mon nez, bulleux. Rien de ceci n’a été imaginé. J’éteins la télé, la radio, l’ordinateur. Le mobile s’envole dans le couloir, se crashe sur le point de Hongrie. Ah, ils ont réussi, ces comploteurs, la révolte a eu lieu : tout est étrange, même les décapsuleurs, tout est poétique, même les serviettes hygiéniques, même les nems, même les mèmes. On vit dans la putréfaction surréaliste .

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