Texte à l’arrache 119

 Dans Textes à l'arrache

Dans les années 60, 1760. John Jack “Nature Boy” Roosso, et l’électrique Volteyre, se tiraient sans arrêt la bourre. Ils avaient été tout les deux dans le même groupe de baroque progressif, Encyklopédia, orchestre légendaire pour ses menuets saignants et ses sarabandes énervées. John Jack, Volteyre, et Ringo, avaient splitté à cause de divergences vestimentaires : le suisse kiffait les jabots tandis que l’autre voulait des perruques. Ringo, tout le monde s’en foutait. Des lors, chacun s’engagea sur la piste de son propre chemin . Période créative : Volteyre sortit coup sur coup les albums Lettres Psychédéliques et Ziggy. John Jack de son coté, tutoyait les aristos, se défonçait à la salsepareille, devenait l’ami des schtroumpfs, s’intégrait à leur village. Il revint transcendé : ces chefs d’œuvres que sont le Contrat Schtroumpfal, La Nouvelle Schtroumpfette, et surtout, les Schtroumpferies du Schtroumpf Solitaire, lui conférèrent une gloire à la hauteur de la tour d’ivoire sans ascenseur dans laquelle il s’était enfermé.
Le succès généra tensions et rivalités, l’un cherchant à surpasser l’autre en terme de ventes. Escaladant toujours plus haut le Billboard, l’avalanche menaçait. C’est Volteyre qui lança la première boule de neige du haut de la pente, avec l’enregistrement du futur tube : « John Jack Roosso est une saucisse« . Quand l’intéressé eu vent de la chose, il se précipita au studio de l’abbé de Chateauneuf, où il fit un esclandre qui resta dans les annales. Reprochant à Volteyre ce titre insultant, le malicieux répondit qu’il s’essayait au style naturaliste, avec trois cent ans d’avance. Piqué, John Jack répliqua qu’il allait mettre en boite un double album qui s’appellerait « Volteyre la grosse patate à bas de soie« . Il fallu séparer les deux empoudrés avant qu’ils ne s’entre-tuent. Le napalm mettait le feu au torchon, les pamphlets people se multipliaient comme des champignons. A partir de cet incident, leur relation ne fut qu’une enfilade de disputes, altercations, traîtrises, vexations et gros mots. En dresser la liste complète remplirait soixante cinq mille textes à l’arrache.
Quarante ans plus tard, devenu vieillards, les deux frères ennemis enterrèrent la hache de guerre. Au bord de la falaise, assis côte à côte, admirant le soleil couchant, ils rattrapaient tant bien que mal le temps perdu :

-Quand tu penses que dans quatre siècles, on sera de gros ringards… Les jeunes nous trouveront chiants, c’est certain.

-Les kids veulent du nouveau, mais ne savent pas que leur nouveau est bien vieux déjà…

-Font chier les mômes.

-J’ai bien fait de laisser les miens aux enfants trouvés. Ou pas… Je ne sais plus, je le confesse.

-Ne te prend pas la tête, mec. Tous les gniards de mes paysans sont des débiles. Tu n’a rien à te reprocher.

-Ouep…

Ils contemplaient l’étoile mourante s’enfoncer dans la terre en ensanglantant le ciel. Les larmes leurs montaient aux yeux.

-Ah la la, que c’est beau… Quand je pense qu’avant, on attrapait toutes les Madame de… C’est bien loin maintenant, on arrive à la fin du paragraphe…

-Tu l’as dit, Volty… Au fait, je t’ai déjà raconté la fois où j’ai schtroumpfé une fille qui avait un téton borgne ?

-Haha, un téton borgne, c’est pas courant… Mais attends… Alors c’est TOI qui a couché avec ma soeur ?

-Mouhahaha. Grosse patate.

-Maroufle ! Faquin ! Butor… Saucisse !

Etc. Etc.

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