Texte à l’arrache 121

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Compte-rendu de mon voyage sur l’Ile de Pâques : L’arrivée sur le tarmac de Mataveri est terrifiante. L’Antonov 747 de la compagnie Orab’air lutte contre le vent avec plus de difficultés qu’une mouette dans une soufflerie. ballotté a gauche, a droite, en haut, en bas, cette année-là, les pilotes pleurent dans le couloir central, au milieu des passagers paniqués. Ce n’est que grâce a une prière collective à saint Joseph de Copertino, patron des aviateurs, que l’appareil parvient à se poser sans accroc. Rapa-nui, Mata Kite Rani, Te Pito O Te Huena, les noms originaux de l’ile sont bien plus poétiques que leur pendant occidental. « la grande petite », « des yeux regardent des étoiles », « le nombril de la terre », des désignations qui suggèrent de plus jolies choses qu’un lopin de terre envahit de lapins pondeurs de chocolat. Hanga Roa, chef-lieu de l’ile rattaché au district de Valparaiso, est la première vision du voyageur qui débarque. Un paysage déroutant : on s’attend au bout de terre le plus isolé du monde, on découvre une petite bourgade tout ce qu’il y a d’occidental. Route pavées, palmiers rabougris, pavillons-témoins de banlieue américaine. Les habitants, métis chilo-polynesiens, trainent désœuvrés dans les rues droites d’Hanga Roa, rappelant au voyageur les tristes légendes de ces tropiques. Une centaine de rades miteux ponctuent chaque angle, on peut s’y saouler aux détergents, coucher avec une prostituée, voir taper un enfant, pour une poignée de coquillages. Des bandes d’archéologues ivres agressent le touriste égaré dans les coins isolés. De temps en temps, une pétrolette ou un fourgon rouillé bringeballent sur les boulevards , annonçant leur passage dans un vacarme de tôle et de pétarade. On a largement le temps de se mettre sur le bas coté. Le véhicule passe avec lenteur, dépasse le piéton, disparaît. Sur son sommet, parfois une poule, ou un chien, pose fièrement tel une bannière insolite. C’est ainsi qu’on définit le pittoresque par ici. Il y a aussi une cimenterie, pour ceux trop las de sauter à l’eau. Trouver un guide est très aisé, n’importe quel autochtone, en échange d’une bouteille de bière européenne, se pliera à vos quatre volontés. A cheval sur un vélo en bois, il vous emmènera faire le tour de l’ile sans trop de difficultés. Le vrai voyage commence maintenant, la déception aussi. Tous les moais ont disparu ! les grands géants aux longs mentons, aux petites boites crâniennes, aux traits anguleux, à la mine boudeuse, qui faisaient la renommée internationale de l’endroit, se sont barrés sans autre forme de procès. Ne reste plus que cette espèce de vaste lande verte constellée de cailloux, le cri des oiseaux marins, et l’océan démonté pour dernier terrain vague. Les explications données par l’indigène tiennent debout : exaspérés par les cohortes de bas-du-cul venus se prendre en portrait avec eux. Les vénérables statues sont retournées dans l’espace, rejoindre leurs ancêtres. Logique. Avant de repartir, le reporter dépité peut toujours acheter un porte-clé tour Eiffel au magasin de souvenir local, avant de s’envoler, la peur au ventre, vers d’autres golfes pas très clair.

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