Texte à l’arrache 134

 Dans Textes à l'arrache

Philippe Petit, musicien culte et grand amateur de cinéma d’exploitation, se prépare pour la soirée où il officiera comme DJ. Il traverse son salon, habité par une majestueuse bibliothèque, refuge d’une impressionnante collection de films et de livres consacrés au septième art. La sarabande de titres fait rêver à un espace-temps différent, dans lequel les monarques se nomment fantaisie et absurdité. Catcheurs mexicain, loups garous albinos, vampires de l’espace, monstres en latex destructeurs de maquettes, zombies bleuâtres, parasites aztèques, paniers à pique-nique hantés, clodos explosifs, tueuses du futur, et protogremlins cannibales peuplent cet univers de joyeuse bizarrerie. Celui qui lit la liste des oeuvres à haute voix, se met à chanter un air charmant, aux syllabes qui déforment les lèvres en grimaces riantes et humectent la langue d’un gout savoureux de papier mâché exotique : Santo y Blue Demon contra las mujeres vampiro, contra las momias de guanajato, Mosura tai Gojira, San daikaijû: Chikyu saidai no kessen, Elmer, le remue-méninges, Street Thrash, Basket Case, Driller-Killer, Ze Craignos Monsters, Two Hundred Maniacs, The Wizard of Gore, Rat Pfink a Booboo, The Incredibly Strange Creatures Who Stopped Living and Became Mixed-Up Zombies… L’artiste passe devant sans regarder, mais un petit frisson de plaisir saisit son subconscient : quelle beau rassemblement ! Il marche d’un pas décidé jusqu’à sa chambre, ouvre son armoire à costumes. Horreur ! Mothra, la mite géante, s’en échappe, battant la tempête de ses ailes écaillées ! Philippe Petit plonge derrière le lit, évite la créature de justesse. L’horrible insecte mal fignolé est en train de tout mettre sans dessus dessous, poussant des « agrogro ! agrogro ! » stridents. Enfer ! Elle plonge sa trompe dans le tiroir à sous-vêtements, fait tourbillonner les slips et les chaussettes partout. Dans l’oeil du cyclone, le musicien pousse une exclamation. Là, sous le lit, le canon à soie commandé il y a trois ans sur ebay ! Se saisissant de l’arme, tel un Roger Moore du peuple, il roule-boule vers la table basse du salon, laisse libre cours à son intuition, et appuie sur la gâchette. Noël ! Noël ! Il fait mouche du premier coup. La bête s’emmêle dans le fil, tourne, vire, n’est plus qu’un cocon. le monstre pousse un cri d’acteur japonais agonisant, tombe par la fenêtre ouverte. Crissement de freins, chocs de tôle, sirènes de pompiers. Ouf ! Philippe Petit se relève, époussette ses manches *pof pof pof* puis nonchalant, retourne à son placard, d’où il retire une chemise pas trop grignotée. « Penser à racheter de la naphtaline » , note t’il mentalement.
(clin d’oeil à Philippe Petit, bien sûr, et à sa superbe collec !)

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