Texte à l’arrache 192

 Dans Textes à l'arrache

Je pose la question : comment se sentir, quand les sons vous agressent par leur volume, quand les vivants vous agressent par leur présence, quand le fun vous agresse par sa connerie, quand les conseils vous agressent par leur inanité, quand votre propre face vous agresse par son existence ? Pfff, c’est pas une vie d’être prisonnier de son corps, dans l’incapacité de s’extirper de soi. C’est une malédiction de l’ego pire que la mort. Je cherche un endroit calme et frais où m’enterrer, type cloitre, caveau, maison de retraite, château en ruine, cabane sur une ile, etc.
Ne me consolez pas, ne m’accompagnez pas, mieux, s’il vous plaît, laissez-moi. Votre énergie vitale m’amenuise encore plus quand vous êtes dans mes parages. Vous m’épuisez par votre présence, et si vous voulez me parler, je n’aurais envie que de me lamenter. Ce sera parfaitement justifié, ce sera horripilant, même pour l’Âme la plus patiente, aussi épargnez moi cette débandade courue d’avance. Vous n’êtes pas dans ma tête, et la meilleure empathie du monde ne saurait entrevoir mon martyr, qui est vrai, concret, et permanent.
La fête me déçoit, le sexe me dégoûte, la société occidentale est infernale à mes yeux : des hordes de mongoliens chapeautés, s’oubliant dans les drogues et l’amusement, s’abaissant à des niveaux simiesques, sous le fallacieux prétexte que la vie est dure. La vie serait facile si nous nous dressions sur nos pattes arrière, pour élever notre espèce au lieu de l’enterrer. Oublier, oublier, oublier, toujours oublier. Est-ce qu’on peut oublier ce marasme ? Croyez vous que tout ces auteurs vous encouragent à ça, cet espèce d’hédonisme servile ? Qu’est ce que je suis sentencieux n’est ce pas ? Qu’est-ce que c’est ennuyeux. Alors, ne venez pas vers moi, mes problèmes existentiels sont trop gros pour être portés, la preuve, ils m’écrasent. Ils sont tellement lourds que je ne peux plus marcher.
Dans une autre forme d’organisation, je n’aurais qu’a ramper dans un coin isolé, et on dirait juste, en pointant ma hutte : « c’est l’ermite infirme qui vit là ». Mais non. Je vis dans cette horrible société capitaliste, où il faut être milliardaire pour vivre à sa guise. Ceci perverti mon art, car à chaque ligne que j’écris, honteux, j’espère un peu que le commerçant du livre le repèrera, et me fera un pont d’or, dont je me servirais pour m’enfuir. Celui qui m’accuse de matérialisme est un hypocrite et un valide. Je pleure de voir aujourd’hui mes chers amis musiciens s’empêtrer dans la mélasse des espoirs piétinés, et me mortifie de cette diarrhée de mots qui ne s’arrête jamais de sortir de mon crâne.
En conclusion, je ne vous accuse pas, c’est moi qui me récuse. Ne touchez pas ce cactus empoisonné, la jardinière souffre suffisamment. C’est elle qu’il faut aider, comprendo ? C’est elle ! Elle ! ELLE !

Que les sangsues du malheur se délectent.

 

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