Texte à l’arrache 236

 Dans Textes à l'arrache

1793, Waltershausen, Thuringe, Allemagne. Friedrich Hölderlin, figure majeure du classicisme romantique, occupe une place de précepteur chez Madame Charlotte Von Kalb, amie du célèbre écrivain Schiller. Le petit Fritz dont il s’occupe est d’une nature un peu dissipée. Tranche d’histoire :

-Che m’absente une minute Fritz, trafaillez à fotre version latine, et ne faites pas te pêtises. Que che ne fous surprenne pas encore en train de faire fos cochônzetés !

Le poète philosophe sort de la salle d’étude, en tournant une dernière fois la tête vers son jeune élève. La porte se referme avec un claquement sévère.
Fritz regarde à gauche, à droite. Personne en vue. Immédiatement, il laisse tomber sa plume, et enfonce sa main dans sa culotte. La langue pendante sous un sourire maniaque, il commence à se palucher frénétiquement. Historique.

-FRITZ !!!! Rugit Hölderlin en ouvrant la porte à la volée, Che fous y prend encore, bédite dégoutant !

Et trrraf ! il envoie une claquasse sur l’arrière du crâne du disciple dissipé. Les ricanements dégénérés du jeune Von Kalb couvrent le son creux que fait sa caboche, et font fulminer un peu plus l’idéaliste allemand.

-Ach, fous me rendez complétement fou , ezpèce de sapachou ! Qu’est-ze gui m’a pris d’accepter ce poste…

Fritz ne dit rien, et fixe la pointe de ses chaussures d’un air de chiot penaud. Le gentil poète est trop sensible pour ne pas s’apitoyer.

-Allons, allons, mon cheune ami, vous safez bien que ces… choses là ne se font pas. Que dirait fotre maman ? Et le bédite Chésus ?Fous-êtes un grand garzon, fous defez afoir l’attitude qui sied à fotre rang. Soyez-sache, che fous en prie, chuste ein klein minute ?

Fritz opine. Le visage de Friedrich se détend en un sourire bienfaisant, qu’il accompagne d’une tape paternelle sur la tête blonde. Il sort à nouveau. Immédiatement, le garçon reprend ses tripatouillages forcenés.

-CA ZUFFIT, BÉDITE DÉMON ! vocifére de plus belle Hölderlin, en jaillissant dans la pièce.

Attrapant le vicieux par le bras, il le secoue dans tous les sens.

-Ch’en ai plus qu’assez de fos frenésies mazturpatoires. Combien de fois faudra t’il que che vous répète que zela rend zourd, afeugle et fou !?!! Fouuuuuu !!!! Cette fois ci, fous irez au cachot, et fous n’en ressortirez que quand fous serez calmé, ja ?

Le professeur ouvre un placard attenant. D’un doigt digne et pointé, il indique le chemin de la prison au fautif, qui s’y dirige en silence, en trainant les pieds. Hölderlin referme la porte.

-Foila, punit.

Plusieurs minutes passent. Soudain, des bruits réguliers se font entendre à l’intérieur, de plus en plus violents. Des halètements lourds accompagnent les tremblements furieux du chambranle. Il est clair que dedans, Fritz frétille avec effervescence. L’enseignant essaye de se contenir, les bras croisés, tapant le parquet de sa chaussure à boucle. Le calme ne se fait pas. Mais la grosse veine qui apparaît sur sa tempe enfle aussi vite que sa patience diminue. Ne pouvant plus conserver son flegme, il extirpe Fritz de son contenant. Le gosse obsédé à encore la main dans le bénard, la bave aux lèvres, et l’air détraqué, alors qu’il vole par dessus son bureau d’études, dans un tourbillon de feuilles, pompant sa nouille impudique. Friedrich semble se noyer dans un profond désespoir, tombe à genoux, implorant, pleurant, tandis que Fritz grogne comme un chimpanzé lubrique.

-Mein Gott, qu’est ce que ch’ai fait pour mériter ça. Che fais defenir complètement zinzin…

(Complètement , véritablement, absolument, cent pour cent authentique. Juré-craché.)

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