Texte à l’arrache 28

 Dans Textes à l'arrache

Cette affiche au mur est un rectangle dans un rectangle dans un rectangle. Elle n’a pas pu tuer l’art qui couvre une part de sa surface, car il est immortel. C’est un bout d’art aborigène, fait de lignes et de colonnes. Des couleurs ocres, dégradées dans le prisme du sol plus ou moins desséché, celui de la terre du bush. Elles montent et descendent, en suivant l’ordre du rêve qui les a composé. Comme un rêve, elle sont prêtes à s’envoler au premier souffle. Mais à travers l’air rigidifié (la vitre) du cadre, prisonnières, seuls le pourrissement ou les flammes les libèreront enfin. Quand ce sera fait, elles pourront rejoindre les âmes des ancêtres, ceux dont la peau se nuance des mêmes teintes. Le reste de l’affiche indique la date, le lieu, et l’heure, où elles et leur soeur sont captives des mains blanches.
« Haha, c’t’un tableau excel primitif » dit l’enfant-homme qui regarde le cadre.
Enfant-homme, toujours tu veux du nouveau. De la musique moderne, du nouveau roman, du cinéma, de la peinture, de la photo, de l’art, du tout nouveau. Mais, tu sais, c’est impossible, puisque dans dix ans, cinq, quatre, trois, deux, un, zéro jours, ça ne le sera déjà plus. La nouveauté est obsolète demain. Rien n’est moderne. L’art est tout au plus présent, et chacun à le droit de le prendre où il veut, aujourd’hui comme il y a quarante siècle. Alors, qui veut du nouveau, à part les enfants et les millionnaires blasés ?

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