Texte à l’arrache 338

 Dans Textes à l'arrache

Connaissez-vous Crumb ? Ça m’étonnerais. C’est l’injustice française incarnée. Voici la victime des soi-disant « experts » en rock’n roll (comment peut-on d’ailleurs se vanter d’une telle chose), qui n’ont justement rien compris. Un tel manque de flair m’assassine et me désespère. Je me suis fait avoir par le romantisme du punk rock. Quand J’ai rencontré Pippo Syzlak, effilé, blasé, et charmant, j’ai tout de suite été impressionné par sa prestance, il avait l’air de pouvoir saccager une chambre d’hôtel sans se départir de sa classe. Et la musique de son groupe m’a satellisé. Moi qui me goinfrait de rock garage des sixties, j’en avais l’incarnation moderne sous les oreilles. C’était exactement comme je l’avais lu dans tous ces putains de livres universitaires sur le punk-rock, ceux qui ont contribué à rendre le rock’n roll respectable, scolaire, et donc, sans danger. Et qu’est ce que le rock sans danger ? De la variété. Les Crumbs, à l’instar des autres copains, vivaient la chose sans se poser de question. Là etait la juste attitude. Et il y avait du danger dans leurs concerts, comme à un show de Suicide ou des Voidods. Ce n’était pas de ces idiots savants dont la masse se régale, juste des musiciens, avec à leur tête et dans ses rangs d’authentiques torturés, qui auraient merité un salaire bourgeois pour se livrer à leurs excés. Malheureusement, ça fait longtemps que la musique n’est plus à la mode, et le pauvre Pippo galère à une place qui n’est pas la sienne. J’enrage.
Haine contre tous ceux qui se rengorgent de groupes maintenant connus, dont ils n’auraient meme pas laché cinquante cents pour les voir quand ils jouaient dans des clubs minables devant trois personnes dégoûtées.
Haine contre les manipulateurs du rock, et dont le pauvre Johnny était l’incarnation momifiée.
Haine contre Manoeuvre et ses baby-rockers qui ont piétiné ce qu’il restait de spontanéité et de sincérité au punk rock séminal, triste parodie de Richard Hell. Crumb les enterre cinq mille pieds sous terre.
Haine contre ces légions d’indifférents qui feignent la passion, savourant les souffrances de ces jésus soniques.
Existe-t-il quelque part, ce monde parallèle que Philippe Boeglin avait évoqué un jour ? Où les bon groupes français minuscules (il y en a des dizaines de miliers) serait de bons groupes français énormes ?
La-bas, Pippo y serait une star, dont les frasques indigneraient les biens pensants, jaloux de son génie desinvolte, et nourrirait sans fin la presse à scandale. Oh, la presse à scandale n’existerait plus, la musique aurait changé le monde. En tout cas, elle a changé mon coeur, et pour lui, Crumb demeurera immortel.
Ouais, j’ai la haine comme un lapin de garenne de cette epoque qui prend tout à la lègere, fronce les sourcils d’un air concerné quand on lui dit qu’il y a des choses tristes dans le monde. C’est bien d’etre gentil, c’est mal d’être mechant… Débile. Tout ce qui est placardé sur les palissades médiatiques est débile. T’es pas content ? Vas y tape moi, avec un peu de chance j’en mourrais, et je n’aurais plus à voir ta gueule de con. Qu’est-ce que je regrette d’être né dans ce saut de siècles, sans compter que les autres m’auraient désespéré tout autant. Punk is dead. Avec moi, les maudits de la zique, brulons la Rock Academie !

Écoutez donc ce magnifique morceau de Crumb, the Park, qui normalement devrait leur faire signer un contrat sur une major et remplir le Shea Stadium. Hors du temps et de la mode, fait avec le coeur, cru comme une session chez Sun Studios. Lui, au moins, vous mettra de bonne humeur pour la journée. (dedicacé à Lester Bangs, et à mon cher Pippo)

https://crumbofficial.bandcamp.com/track/the-park

Articles récents

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Me contacter

Je vous recontacterai si je veux !

Non lisible? Changez le texte.